La location courte durée au Gosier fait rêver beaucoup de propriétaires, et on les comprend. Marina de Bas-du-Fort, plage de la Datcha, îlet du Gosier à 600 mètres du rivage, aéroport Pôle Caraïbes à 15 minutes : la commune est l’un des marchés touristiques les plus dynamiques de Grande-Terre. Un T2 vue mer bien géré s’y loue entre 75 et 110 € la nuit en saison sèche (décembre à avril), avec des taux d’occupation dépassant souvent 80 % de janvier à mars. Mais le Gosier a une particularité que Sainte-Anne ou Deshaies n’ont pas au même degré : c’est une commune dense, urbaine, où l’essentiel du parc se trouve en copropriété. Et c’est précisément là que les ennuis commencent pour les propriétaires mal informés.
Après plusieurs années à accompagner des propriétaires sur la commune, nous avons vu les deux cas de figure : ceux qui ont sécurisé leur projet en amont, et ceux qui ont reçu un recommandé du syndic ou de la mairie après six mois d’activité. Voici ce qu’il faut vérifier avant de publier votre première annonce.
Location courte durée au Gosier : ce que dit la réglementation
Résidence principale ou secondaire : la distinction qui change tout
Premier réflexe : déterminer le statut de votre logement.
- Résidence principale (vous l’occupez au moins 8 mois par an) : vous pouvez la louer en meublé de tourisme dans la limite de 120 jours par an maximum (ce plafond peut être abaissé jusqu’à 90 jours par délibération municipale). Une simple déclaration en mairie suffit dans la plupart des cas.
- Résidence secondaire ou bien d’investissement : c’est le cas le plus fréquent au Gosier, notamment dans les résidences de Bas-du-Fort, Mare-Gaillard ou Grande-Ravine. Ici, aucune limite de jours, mais des obligations administratives plus lourdes, dont potentiellement le changement d’usage.
La déclaration en mairie et le numéro d’enregistrement
Dans tous les cas, la location d’un meublé de tourisme se déclare en mairie du Gosier (formulaire Cerfa n° 14004). Depuis la loi du 19 novembre 2024 (dite « loi Le Meur »), la procédure d’enregistrement avec numéro à 13 caractères se généralise à toutes les communes : ce numéro devra figurer sur chacune de vos annonces, Airbnb comme Booking. Comptez 2 à 4 semaines de traitement, et zéro euro de frais. Louer sans déclaration expose à une amende pouvant atteindre 5 000 €.
À cela s’ajoute la taxe de séjour, collectée auprès des voyageurs : de l’ordre de 0,65 à 1,50 € par nuit et par adulte selon le classement du meublé. Les plateformes la collectent en général automatiquement ; en réservation directe, c’est à vous de la facturer.
Le changement d’usage : la spécificité des communes tendues
C’est le point le plus mal connu. Le Gosier figure parmi les communes de Guadeloupe classées en zone tendue, où le logement à l’année est sous pression. Dans ce cadre, la municipalité peut soumettre la transformation d’un logement en meublé de tourisme à une autorisation de changement d’usage, voire instaurer un quota par quartier (la loi de novembre 2024 permet aussi de réserver des secteurs à la résidence principale dans le PLU).
Concrètement, pour une résidence secondaire au Gosier :
- vérifiez auprès du service urbanisme de la mairie si une délibération sur le changement d’usage est en vigueur et quelles zones elle couvre ;
- si l’autorisation est requise, déposez votre demande avant de commencer à louer : elle est souvent temporaire, renouvelable, et attachée à la personne, pas au bien ;
- conservez la preuve écrite de la réponse de la mairie, même en cas de non-assujettissement.
Louer sans autorisation là où elle est exigée, c’est une amende civile pouvant atteindre 50 000 € par logement. Ce n’est pas théorique : les communes touristiques ont musclé leurs contrôles depuis 2024, avec croisement des annonces en ligne et des fichiers fiscaux.

Règlement de copropriété : le verrou que beaucoup oublient
La clause d’habitation bourgeoise, piège classique des résidences du Gosier
Même avec tous vos papiers en règle côté mairie, votre copropriété peut légalement vous interdire la location saisonnière. Au Gosier, où les résidences des années 1980-2000 dominent (Bas-du-Fort en tête, avec ses grandes copropriétés autour de la marina), trois situations se présentent :
- Clause d’habitation bourgeoise simple : les activités commerciales sont interdites, mais la location meublée touristique reste en principe possible tant qu’elle ne crée pas de nuisances. C’est le cas le plus favorable.
- Clause d’habitation bourgeoise exclusive : seul l’usage d’habitation est admis. La jurisprudence considère majoritairement que la location courte durée répétée y est incompatible. Si votre règlement contient cette clause, le projet est bloqué sauf modification du règlement (majorité très difficile à obtenir).
- Clause expresse sur les meublés de tourisme : depuis la loi de 2024, les copropriétés peuvent se prononcer explicitement, et l’interdiction des nouveaux meublés de tourisme peut être votée à la majorité des deux tiers (article 26), et non plus à l’unanimité. Les assemblées générales doivent désormais inscrire la question à l’ordre du jour : surveillez vos convocations.
Les bons réflexes avant d’acheter ou de louer
- Demandez le règlement de copropriété au syndic ou au notaire avant tout achat locatif au Gosier : la lecture des clauses d’usage prend 30 minutes et peut vous éviter une procédure à 10 000 € de frais d’avocat.
- Relisez les trois derniers procès-verbaux d’AG : une résolution hostile aux locations saisonnières, même rejetée, indique un climat tendu.
- Informez le syndic de votre activité (c’est désormais une obligation déclarative) et donnez un contact joignable en cas de problème : un voisin qui a le numéro WhatsApp du gestionnaire appelle avant d’écrire au syndic.
- Encadrez vos voyageurs : livret d’accueil avec rappel du règlement (piscine fermée à 22 h, pas de bruit sur les coursives), interdiction des fêtes, caution systématique. 90 % des conflits de copropriété naissent du bruit et du stationnement.
