La réglementation des locations saisonnières en Guyane reste aujourd’hui l’une des plus souples de France : aucune commune guyanaise n’impose pour l’instant d’autorisation de changement d’usage ni de quota de meublés de tourisme. Mais la loi Le Meur de novembre 2024, applicable dans les DOM, rebat les cartes : nouvelles obligations déclaratives, fiscalité durcie et outils de régulation désormais à la portée de Cayenne, Rémire-Montjoly ou Kourou. Gestionnaires de meublés sur le littoral guyanais, nous faisons le point sur ce qui s’applique réellement ici, et sur ce qu’il faut anticiper.
Un cadre réglementaire guyanais encore souple : pourquoi ?
Le marché guyanais n’a rien de comparable avec les zones tendues métropolitaines. Le territoire compte environ 290 000 habitants, et l’offre de meublés touristiques se concentre sur une poignée de communes : Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury (autour de l’aéroport Félix-Éboué), Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni. On parle de quelques centaines d’annonces actives, là où la Côte d’Azur en aligne des dizaines de milliers.
Conséquence directe : les mécanismes de restriction prévus par le Code de la construction et de l’habitation ne se sont jamais déclenchés ici.
- Pas de changement d’usage obligatoire : la procédure ne s’applique de plein droit qu’aux communes de plus de 200 000 habitants. Cayenne, avec environ 65 000 habitants, en est loin, et aucune délibération locale ne l’a instaurée à ce jour.
- Pas de quota de meublés de tourisme : aucune commune guyanaise n’a voté de plafond ni de zonage réservé à la résidence principale.
- Pas de numéro d’enregistrement communal exigé pour publier une annonce, contrairement à Paris ou Bordeaux.
Cette souplesse tient aussi au profil de la demande : une clientèle largement professionnelle (missions au Centre Spatial de Kourou, personnels de santé, fonctionnaires en mutation), avec des séjours de 5 à 30 nuits. Les élus voient le meublé comme un complément utile à un parc hôtelier limité, pas comme un concurrent du logement permanent. Pour l’instant.

Les obligations qui s’appliquent déjà à votre meublé en Guyane
Souple ne veut pas dire inexistant. Trois démarches restent obligatoires, et nous voyons régulièrement des propriétaires les découvrir après coup.
La déclaration en mairie (Cerfa 14004)
Tout logement loué meublé à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile doit être déclaré en mairie via le formulaire Cerfa 14004. La démarche est gratuite, prend une quinzaine de minutes au guichet de votre commune, et vous recevez un récépissé à conserver : il vous sera indispensable lors de la généralisation de l’enregistrement national. Pour une résidence principale louée moins de 120 jours par an, cette déclaration simple suffit.
L’immatriculation SIRET et la CFE
Louer en meublé, même occasionnellement, est une activité commerciale au sens fiscal. Vous devez :
- demander un numéro SIRET via le guichet unique de l’INPI (gratuit, comptez 2 à 3 semaines de délai en Guyane) ;
- déclarer vos revenus en BIC (bénéfices industriels et commerciaux), pas en revenus fonciers ;
- payer la CFE (cotisation foncière des entreprises), généralement entre 150 et 400 € par an pour un meublé sur la CACL, sauf exonération la première année.
La taxe de séjour
Sur le territoire de la Communauté d’agglomération du Centre Littoral (Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury, Macouria, Roura…), la taxe de séjour s’applique aux nuitées touristiques : comptez de l’ordre de 0,70 à 1,50 € par nuit et par adulte selon le classement du logement. Les plateformes la collectent en principe automatiquement ; en réservation directe, c’est à vous (ou à votre gestionnaire) de la facturer et de la reverser.
Changement d’usage à Cayenne : où en est-on vraiment ?
C’est la question la plus fréquente des propriétaires que nous accompagnons. Réponse claire : en 2026, aucune autorisation de changement d’usage n’est exigée à Cayenne ni dans aucune autre commune de Guyane pour transformer un logement en meublé de tourisme.
Mais deux signaux faibles méritent d’être surveillés :
- La tension sur le logement est réelle dans l’agglomération de Cayenne, avec une démographie parmi les plus dynamiques de France et un déficit chronique de constructions — le contexte type qui pousse les intercommunalités à réguler.
- La loi Le Meur du 19 novembre 2024 permet désormais à n’importe quelle commune, quelle que soit sa taille, d’instaurer le changement d’usage par simple délibération, et même de définir des quotas de meublés de tourisme ou des zones réservées à la résidence principale dans son PLU.
Concrètement, si la CACL délibérait demain, un propriétaire de T3 à Rémire-Montjoly pourrait devoir demander une autorisation avant de louer en courte durée. Les meublés déjà déclarés bénéficieraient en général d’un régime transitoire, d’où l’intérêt de régulariser dès maintenant : l’antériorité est votre meilleure protection.
