L’Anse Dufour est l’un de ces rares spots où l’on n’a pas besoin de bateau, de club de plongée ni de chance exceptionnelle pour croiser une tortue verte. On entre depuis le sable, on met la tête sous l’eau, et quelques coups de palmes plus tard, on se retrouve face à un herbier où ces géantes paisibles broutent tranquillement. Pour qui découvre la Martinique par le sud, c’est souvent la première rencontre marine inoubliable du séjour. Voici tout ce qu’il faut savoir pour la réussir, sans déranger l’animal ni le milieu.
Pourquoi l’Anse Dufour est LE spot tortues du sud Martinique
Nichée sur la commune des Anses-d’Arlet, entre Les Trois-Îlets et Le Diamant, l’Anse Dufour est une petite crique de village de pêcheurs. Sa configuration explique tout : une baie peu profonde, protégée de la houle, au fond tapissé d’herbiers de phanérogames marines (les fameuses « herbes à tortues »). Ces prairies sous-marines sont le garde-manger des tortues vertes (Chelonia mydas), seule espèce locale réellement herbivore à l’âge adulte. Elles viennent y brouter à faible profondeur, souvent entre 2 et 6 mètres, parfaitement visibles en palmes-masque-tuba.
Contrairement aux idées reçues, on ne « cherche » pas les tortues en pleine eau : on les trouve sur les zones d’herbier, généralement à droite de la plage quand on fait face à la mer, le long de la pointe rocheuse. Les fonds y alternent sable clair et taches sombres de végétation. C’est précisément sur ces taches sombres qu’il faut concentrer son observation.
Petit bonus : l’Anse Dufour abrite aussi une faune secondaire généreuse. Bancs de poissons-perroquets, sergents-majors, parfois une raie pastenague posée sur le sable, et de jolis tombants coralliens côté pointe nord. La tortue est la star, mais le décor mérite à lui seul le détour.

Quand y aller pour maximiser ses chances
Le timing fait toute la différence entre une baignade jolie et une rencontre garantie.
- La saison : décembre à avril, le Carême (saison sèche). L’eau est plus claire, la houle plus rare, la visibilité fréquemment supérieure à 10-15 mètres. En hivernage (juin à novembre), les pluies troublent l’eau et les épisodes de houle brassent les sédiments.
- L’heure : tôt le matin, idéalement avant 9h. C’est le double avantage. La lumière rasante éclaire bien les herbiers, l’eau n’a pas encore été remuée par les nageurs, et surtout le parking minuscule du village n’est pas saturé. Dès 10h-11h en haute saison, la crique se remplit et les tortues, dérangées, se font plus discrètes.
- La marée et le vent : privilégiez une journée à faible alizé. Un plan d’eau lisse améliore nettement la visibilité depuis la surface.
En clair, votre meilleure fenêtre est un matin de février ou mars, vers 7h30-8h30. Comptez 1h à 1h30 dans l’eau pour une session complète sans vous refroidir.
Les règles d’approche : observer sans déranger
La tortue verte est une espèce protégée. La déranger, la toucher ou la nourrir est interdit et passible d’amende. Mais au-delà de la loi, une approche respectueuse augmente paradoxalement vos chances : une tortue tranquille reste plus longtemps, remonte respirer sans fuir, et offre de bien plus belles observations.
Ce qu’il faut faire
- Garder ses distances : restez à au moins 3 à 5 mètres de l’animal. La règle d’or : c’est la tortue qui décide de s’approcher, jamais l’inverse.
- Laisser le couloir de remontée libre. Une tortue doit remonter respirer toutes les quelques minutes. Ne vous placez jamais au-dessus d’elle ni entre elle et la surface.
- Rester en surface, calme, mouvements de palmes lents et discrets. Pas d’apnée plongeante au-dessus de l’animal.
- Observer par le côté, jamais de face frontale agressive.
Ce qu’il ne faut JAMAIS faire
- Toucher, caresser ou tenter de monter sur une tortue (cela retire son mucus protecteur et la stresse gravement).
- La nourrir : leur régime d’herbier est essentiel à leur santé.
- Utiliser de la crème solaire chimique avant la baignade : préférez un lampshade minéral ou un lycra anti-UV pour protéger les herbiers et le corail.
- L’encercler à plusieurs nageurs ou la poursuivre quand elle s’éloigne.
Ces gestes simples relèvent du bon sens, mais sur place, l’enthousiasme fait parfois oublier l’essentiel. Montrez l’exemple : les autres baigneurs ont tendance à imiter le comportement du groupe.
Anse Dufour ou Anse Noire : laquelle choisir ?
C’est la grande question des visiteurs, car les deux criques sont voisines, séparées par une simple colline, reliées par un escalier de quelques centaines de mètres. On peut tout à fait faire les deux dans la même matinée.
| Critère | Anse Dufour | Anse Noire |
|---|---|---|
| Sable | Doré clair | Noir volcanique |
| Tortues vertes | Très fréquentes (herbiers) | Possibles, moins régulières |
| Ambiance | Crique de pêcheurs, vivante | Plus confidentielle, ombragée |
| Atout snorkeling | Herbiers à tortues | Tombant rocheux, parfois poissons-trompettes |
Mon conseil de résident : commencez par l’Anse Dufour tôt le matin pour les tortues, puis franchissez la colline jusqu’à l’Anse Noire pour le contraste du sable noir et un peu d’ombre sous les raisiniers en milieu de matinée. L’Anse Noire séduit aussi les amateurs de pontons et son eau fraîche issue de la rivière voisine. Les deux se complètent à merveille, et faire le duo reste l’une des plus belles demi-journées du sud martiniquais.
