Il y a des lieux en Guyane qui ne ressemblent à rien de ce que l’on connaît ailleurs. Le lac de Petit-Saut, à une vingtaine de minutes de la commune de Sinnamary, fait partie de ceux-là. Imaginez une étendue d’eau de 365 km² née de la forêt amazonienne, hérissée de milliers de troncs morts, parsemée d’îlots qui étaient autrefois des collines, et habitée par une faune sauvée des eaux. Après plusieurs sorties sur place, en pirogue comme à pied le long du barrage, je vous partage ce qu’il faut vraiment savoir avant de venir.
Sinnamary, porte d’entrée du plus grand lac artificiel de Guyane
Sinnamary est une commune côtière située sur la route nationale 1, entre Kourou et Iracoubo, à environ 1h15 de route de Kourou et 2h de Cayenne. C’est un bourg tranquille, connu pour ses plages d’estuaire et ses pontes de tortues luth en saison, mais aussi pour servir de base logistique au barrage hydroélectrique de Petit-Saut, situé une trentaine de kilomètres en amont sur le fleuve Sinnamary.
Mis en eau au milieu des années 1990, le barrage avait pour vocation d’alimenter la Guyane en électricité, notamment le Centre Spatial Guyanais. Pour le construire, on a noyé une immense portion de forêt primaire. Le résultat est ce lac de Petit-Saut unique : la plus grande retenue d’eau artificielle du territoire, dont la superficie dépasse celle de bien des lacs métropolitains.
Un paysage de forêt engloutie
Ce qui frappe en arrivant sur l’eau, ce sont les troncs. Des milliers d’arbres morts émergent encore de la surface, gris argentés, sculptés par les années. Entre eux, des îlets (les fameux « îlots noyés ») correspondent aux anciennes crêtes de collines. Naviguer ici, c’est traverser un cimetière forestier devenu sanctuaire de vie, où le silence n’est rompu que par les singes hurleurs et le clapotis de la pirogue.

Le barrage et son écluse à animaux
Le barrage lui-même se visite côté belvédère, gratuitement, depuis le point d’accueil. On y comprend le fonctionnement de l’ouvrage hydroélectrique et l’ampleur du chantier. Mais l’histoire la plus marquante reste celle du sauvetage de la faune.
Lors de la montée des eaux, une opération baptisée « Faune Sauvage » a permis de récupérer des milliers d’animaux piégés sur les îlots qui rétrécissaient : paresseux, singes, fourmiliers, serpents, tortues. Beaucoup furent relâchés sur les berges et les grands îlets. C’est pour cela que le lac concentre aujourd’hui une densité étonnante de paresseux réfugiés, souvent visibles, accrochés aux branches basses des arbres encore vivants.
Ce que l’on observe sur le lac
- Paresseux à deux et trois doigts, le grand classique des sorties, parfois à quelques mètres de la pirogue
- Singes hurleurs roux, repérables à l’oreille bien avant la vue, surtout au lever du jour
- Sakis, tamarins et capucins dans la canopée des îlets boisés
- Caïmans sur les berges, en fin de journée
- Hoazins huppés, aras et hérons, pour les passionnés d’oiseaux
- Loutres géantes, plus rares mais bien présentes dans certaines criques
Sorties en pirogue : la seule vraie façon de découvrir le lac
On ne visite pas Petit-Saut depuis la route : il faut monter dans une pirogue. Des piroguiers et opérateurs locaux proposent des sorties à la demi-journée ou à la journée, généralement au départ d’un embarcadère proche du barrage.
À quoi s’attendre
- Demi-journée (3 à 4h) : autour de 45 à 70 € par personne, idéale pour une première approche et l’observation des paresseux
- Journée complète : souvent 90 à 130 €, avec pause déjeuner sur un îlet
- Bivouac d’une nuit en carbet : à partir de 110 à 160 € par personne selon la formule, repas inclus
Les tarifs varient selon le nombre de participants et l’opérateur. Réservez à l’avance, surtout en haute saison touristique : les bons piroguiers partent vite.
Conseils pour la sortie
- Partez tôt le matin : la faune est active, la lumière est douce et la chaleur supportable
- Emportez eau, chapeau, crème solaire et surtout un anti-moustique efficace
- Prévoyez des chaussures fermées qui ne craignent pas l’eau pour les débarquements
- Glissez votre matériel photo dans un sac étanche : les éclaboussures sont garanties
- Apportez des jumelles : elles transforment l’observation des paresseux et des oiseaux
Dormir en carbet au bord de l’eau
L’expérience qui marque le plus reste la nuit en carbet, cet abri ouvert traditionnel où l’on dort en hamac, sous moustiquaire. Certains opérateurs disposent de carbets installés sur des îlets ou en bordure du lac.
S’endormir au son de la forêt, se réveiller dans la brume matinale qui flotte sur les troncs argentés, écouter le concert des singes hurleurs au lever du soleil : c’est une immersion brute, sans confort superflu, mais inoubliable. Prévoyez votre hamac et votre moustiquaire (souvent fournis dans les formules bivouac, à confirmer), une lampe frontale, et de quoi vous couvrir car l’humidité nocturne rafraîchit l’air.
