Pendant des années, j’ai vu des propriétaires bâtir leur stratégie martiniquaise sur une certitude rassurante : amortir son meublé au régime réel pour effacer l’impôt sur les loyers, puis revendre sans que ces amortissements ne pèsent sur la plus-value. La loi de finances 2025 a refermé cette parenthèse. Désormais, la revente LMNP Martinique plus-value ne se traite plus à la légère : les amortissements déduits pendant l’exploitation viennent gonfler la plus-value imposable le jour de la vente.
Résident sur l’île et gestionnaire de meublés de Sainte-Anne aux Trois-Îlets, je vois cette réforme changer les arbitrages. Voici comment elle fonctionne, à jour pour 2026, avec une simulation chiffrée sur un cas martiniquais réel. Ce guide reste pédagogique : seul un notaire ou un expert-comptable validera votre calcul personnel.
Ce que la réforme 2025 change vraiment pour la revente LMNP en Martinique
Avant 2025, le mécanisme était redoutablement efficace. Au régime réel, vous déduisiez chaque année un amortissement comptable (bâti, mobilier, équipements) qui réduisait fortement, voire annulait, l’impôt sur vos loyers. À la revente, la plus-value se calculait sur le prix d’achat d’origine, sans réintégrer ces amortissements : peu d’impôt pendant la détention, et une plus-value calmée à la sortie.
La loi de finances 2025 a mis fin à cette asymétrie pour les ventes réalisées à compter du 1er janvier 2025. Le principe de réintégration des amortissements LMNP est simple : les amortissements pratiqués viennent diminuer le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value. L’écart entre prix de vente et prix d’achat « corrigé » s’élargit, donc la plus-value imposable augmente.
Quelques points structurants à garder en tête :
- la réforme vise le LMNP au régime réel ; un bien resté au micro-BIC n’a jamais amorti, il n’est donc pas concerné par la réintégration ;
- la plus-value immobilière DOM se calcule selon les mêmes règles qu’en métropole : 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % avant abattements ;
- certains amortissements restent hors réintégration (ceux correspondant à des dépenses qui auraient pu être passées en charges), d’où l’importance d’une comptabilité bien tenue ;
- les abattements pour durée de détention continuent de s’appliquer et restent votre meilleur allié à la sortie.
En Martinique, la réforme a un relief particulier. Les charges d’exploitation élevées des DOM (climatisation, anti-termites, reprise après saison cyclonique, mobilier renchéri par l’octroi de mer) gonflaient l’amortissement annuel et rendaient le réel très attractif. Cet atout de détention devient, à la revente, une base de réintégration plus lourde — sans rendre l’équation perdante, à condition d’anticiper.
Abattements pour durée de détention : le levier qui sauve la sortie
C’est le point que je martèle à chaque propriétaire : la plus-value brute n’est pas la plus-value imposable. Le système d’abattements progressifs efface l’impôt avec le temps :
- exonération totale d’impôt sur le revenu (19 %) au bout de 22 ans de détention ;
- exonération totale des prélèvements sociaux (17,2 %) au bout de 30 ans.
Un meublé du Sud détenu depuis longtemps voit donc sa plus-value largement, voire totalement, dégrevée — réintégration ou non. La réforme pénalise surtout les reventes rapides (cinq à dix ans) de biens fortement amortis.

Simulation chiffrée : revendre un meublé du Sud martiniquais
Rien ne parle mieux qu’un cas concret, sur le marché que je connais le mieux : la côte Sud-Caraïbe.
Les hypothèses :
- achat d’un T2 meublé au Diamant, vue sur le Rocher, en 2017 pour 200 000 € (frais et travaux inclus) ;
- exploité en LMNP au réel, loué au Carême et en haute saison, avec environ 6 000 € d’amortissement par an ;
- 8 années amorties au moment de la vente, soit 48 000 € d’amortissements cumulés ;
- revente en 2025 à 280 000 €.
Avant la réforme, la plus-value brute aurait été de 280 000 − 200 000 = 80 000 €.
Après la réforme 2025, le prix d’acquisition est minoré des amortissements réintégrés : 200 000 − 48 000 = 152 000 €. La plus-value brute devient 280 000 − 152 000 = 128 000 €, soit 48 000 € de base supplémentaire.
Sur cette base, à 36,2 % avant abattements, la réintégration représente théoriquement de l’ordre de 17 000 € d’imposition en plus. Mais la durée de détention rééquilibre tout : à 8 ans, les abattements commencent déjà à mordre et l’écart d’impôt réellement payé est sensiblement inférieur. À 22 ans la part « impôt sur le revenu » disparaît, à 30 ans les prélèvements sociaux aussi — et la réintégration devient indolore.
Trois enseignements concrets pour un bien en Martinique :
- la réforme renchérit les reventes rapides de meublés fortement amortis : si vous comptiez sortir à 5 ou 7 ans, intégrez ce surcoût dès l’achat ;
- elle ne remet pas en cause l’intérêt du réel pendant la détention : sur 8 ans, l’économie d’impôt sur les loyers grâce à l’amortissement dépasse largement le surcoût de plus-value, surtout avec les charges DOM élevées ;
- elle valorise la détention longue : un meublé du Sud, marché tendu et demande soutenue de décembre à avril, se prête à une stratégie patrimoniale sur 15 à 22 ans.
Micro-BIC ou réel : la réforme rebat-elle les cartes ?
Pas autant qu’on le croit. Le micro-BIC (abattement de 50 % pour un meublé de tourisme classé, 30 % sinon) échappe à la réintégration puisqu’il n’amortit pas — séduisant pour une revente à court terme. Mais pour un bien détenu durablement et générant des loyers conséquents au Carême, le réel reste souvent gagnant : l’amortissement neutralise l’impôt pendant 10 à 15 ans, et les abattements pour durée de détention absorbent la réintégration. L’arbitrage dépend de votre horizon et du montant de vos loyers : un point à trancher avec votre comptable avant de signer chez le notaire.
