Tout au bout de la route nationale, là où la Guyane s’arrête face au Suriname, se trouve un monde à part. La réserve naturelle Amana déploie ses 45 kilomètres de littoral entre l’embouchure du fleuve Maroni et la rivière Organabo, dans un silence que seules brisent les vagues brunes de l’Atlantique chargées de limon amazonien. Ici, pas de cocotiers de carte postale ni de transats : des plages immenses, sauvages, où la nature reprend tous ses droits et où le peuple Kalina perpétue depuis des siècles un art de vivre amérindien. Après plusieurs séjours dans l’Ouest guyanais, je vous emmène découvrir ce bout du monde encore méconnu.
Où se trouve la réserve naturelle de l’Amana ?
La réserve s’étend sur les communes d’Awala-Yalimapo et de Mana, à l’extrême nord-ouest du département. Classée réserve naturelle nationale en 1998, elle protège près de 14 800 hectares de plages, de mangroves, de marais et de forêts littorales. C’est l’un des sanctuaires de ponte de tortues marines les plus importants au monde.
Depuis Cayenne, comptez environ 250 km et 3h30 de route jusqu’à Saint-Laurent-du-Maroni, puis encore 45 minutes (environ 40 km) pour rejoindre Awala-Yalimapo, le village qui sert de porte d’entrée. La voiture est indispensable : aucune ligne régulière ne dessert cette pointe. Pensez à louer un véhicule dès votre arrivée à l’aéroport Félix-Éboué de Matoury.
Quelques repères pratiques avant de partir
- Statut : DROM français, on paie en euros, on parle français (et kalina, créole sur place).
- Indicatif téléphonique : +594. Le réseau mobile passe au village, mais devient capricieux sur les plages.
- Décalage horaire : -5h l’hiver, -6h l’été par rapport à Paris.
- Vaccin fièvre jaune obligatoire pour entrer en Guyane.
- Saison idéale : la saison sèche, de mi-juillet à mi-novembre, offre les routes les plus praticables et le ciel le plus dégagé.

Awala-Yalimapo, cœur battant de la culture Kalina
Awala-Yalimapo n’est pas un simple point sur la carte : c’est la première commune amérindienne de France, née en 1989 de la fusion des villages d’Awala et de Yalimapo, peuplés majoritairement de Kalina (que l’on écrit aussi Galibi). Marcher dans ses allées de sable ombragées, c’est entrer dans un quotidien rythmé par la pêche, l’artisanat et les liens familiaux.
Ce que j’aime y faire, et que je recommande de vivre avec respect :
- Rencontrer les artisans : les femmes kalina façonnent des poteries décorées de motifs traditionnels et tressent des objets en arouman, une fibre végétale. Un petit pot peint coûte généralement entre 10 et 30 €, et l’argent va directement aux familles.
- Goûter la cuisine locale : le couac (semoule de manioc), le bouillon d’aouara lors des fêtes, ou le poisson grillé fraîchement débarqué. Quelques carbets-restaurants proposent des assiettes autour de 12 à 18 €.
- Visiter le carbet d’interprétation : pour comprendre l’histoire, la cosmologie et les enjeux actuels du peuple kalina avant de fouler les plages.
Un tourisme qui se mérite, et c’est tant mieux
Le territoire est habité et sacré. On ne plante pas sa tente n’importe où, on ne photographie pas les habitants sans leur accord, et on respecte scrupuleusement les consignes sur les plages de ponte. Cette exigence fait justement la beauté du lieu : ici, le visiteur est un invité, pas un consommateur.
La plage des Hattes et le ballet des tortues luth
Le joyau de la réserve naturelle Amana, c’est la plage des Hattes, mondialement connue des biologistes. Quatre espèces de tortues marines viennent y pondre : la tortue luth (la plus impressionnante, jusqu’à 700 kg et 2 mètres), la tortue verte, la tortue olivâtre et, plus rarement, la tortue imbriquée.
La saison de ponte court de février à août, avec un pic autour de juin-juillet. Les émergences de bébés tortues s’observent surtout de juillet à octobre. C’est l’un des rares moments où la saison sèche guyanaise coïncide avec un spectacle naturel hors norme.
Mes conseils pour une observation responsable :
- Venez à la nuit tombée, les tortues remontent à marée haute, souvent après 20h.
- Pas de lumière blanche : elle désoriente les tortues et les nouveau-nés. Une lampe à filtre rouge uniquement, et de loin.
- Gardez vos distances : on ne touche jamais une tortue en train de pondre, on ne se met pas devant elle.
- Privilégiez un guide local : les sorties accompagnées (souvent 15 à 25 € par personne) garantissent le respect du protocole et une lecture passionnante du site.
Même hors saison de ponte, la plage des Hattes mérite le détour pour son immensité et ses couchers de soleil sur le Maroni, avec le Suriname qui se devine au loin.
