La randonnée Pointe des Châteaux est sans doute la marche la plus spectaculaire de Grande-Terre, et pourtant l’une des plus accessibles de Guadeloupe. À l’extrême est de l’archipel, là où le calcaire blanc plonge dans l’Atlantique, un sentier balisé grimpe en une vingtaine de minutes jusqu’à la grande croix du Morne Pavillon. De là-haut, par temps clair, on embrasse d’un seul regard la Désirade, Petite-Terre, Marie-Galante, et jusqu’à la silhouette de la Soufrière côté Basse-Terre. J’y monte plusieurs fois par an, souvent avant le lever du soleil, et je vous livre ici tout ce qu’il faut savoir : durée réelle, variantes par le sentier littoral côté sauvage, et surtout le meilleur créneau de lumière pour la photo.
La randonnée Pointe des Châteaux en bref
Avant de détailler chaque portion, voici les chiffres concrets à retenir :
- Localisation : commune de Saint-François, à 11 km à l’est du bourg (15 minutes en voiture par la D118).
- Montée à la croix : environ 750 m depuis le parking, 15 à 25 minutes selon votre rythme, 43 m de dénivelé.
- Boucle littorale complète : 2,5 à 3 km, comptez 1 h à 1 h 30 avec les pauses photo.
- Extension côte sauvage vers l’Anse à la Gourde : jusqu’à 7-8 km aller-retour, 2 h 30 à 3 h.
- Prix : accès et parking entièrement gratuits. Le site est labellisé Grand Site de France.
- Difficulté : facile, mais marches inégales et passages exposés au vent ; baskets recommandées, tongs déconseillées.
- Quand : à l’aube ou en fin d’après-midi, idéalement pendant la saison sèche de décembre à avril.
Aucun guide n’est nécessaire : le balisage est clair et le tracé évident. C’est la sortie parfaite au lendemain de votre arrivée à l’aéroport Pôle Caraïbes.

La montée à la croix de la Pointe des Châteaux
Du parking aux premières marches
Le départ se fait depuis le grand parking gratuit au bout de la route de Saint-François. Vous y trouverez des marchands de sorbet coco (comptez 3 à 4 € la coupe), des stands d’accras et de jus frais — gardez-les pour la descente, ils ouvrent rarement avant 9 h. Le sentier principal part plein est, d’abord plat sur du sable tassé entre les raisiniers bord de mer et les poiriers-pays sculptés par les alizés.
Très vite, le décor s’impose : à droite, l’Anse des Châteaux et ses rouleaux atlantiques ; en face, les pitons rocheux dressés dans l’écume, ces « châteaux » de calcaire qui ont donné son nom à la pointe.
L’escalier du Morne Pavillon
La montée proprement dite commence après 500 m : un escalier aménagé de marches en pierre et en bois grimpe sur le flanc du Morne Pavillon. C’est court — 10 minutes d’effort réel — mais raide, et le vent forcit à mesure que l’on s’élève. Tenez vos chapeaux et vos drones, littéralement : les rafales dépassent régulièrement 40 km/h au sommet.
La croix pointe des châteaux vous attend en haut, monument de près de 10 m érigé sur ce promontoire depuis le XIXᵉ siècle (la version actuelle date des années 1950). C’est le point de rendez-vous des locaux le dimanche matin et l’un des panoramas les plus photographiés des Antilles françaises.
Le panorama : la Désirade en ligne de mire
C’est l’angle qui rend cette marche unique : depuis la croix, le panorama sur la Désirade est tout simplement le plus beau de l’archipel. L’île allongée, à 10 km au large, semble flotter sur l’Atlantique comme un dos de baleine. Par très bonne visibilité, vous distinguerez aussi :
- Petite-Terre et son phare, au sud-est, paradis des iguanes ;
- Marie-Galante, la galette posée sur l’horizon sud ;
- Les Saintes par temps exceptionnel, dans l’axe sud-ouest ;
- la Soufrière (1 467 m) qui ferme l’horizon à l’ouest, souvent coiffée de nuages ;
- et à vos pieds, le lagon turquoise des Salines côté nord, contrastant avec le bleu profond du large.
Rien d’étonnant : vous vous tenez sur l’avancée la plus orientale du « papillon » guadeloupéen, à la rencontre de l’Atlantique et de la mer des Caraïbes.
Le sentier littoral côté sauvage
La boucle courte par la Grande Saline
Redescendre par le même escalier serait dommage. Prenez plutôt le sentier littoral de Grande-Terre qui file vers le nord : il contourne la Grande Saline, ancienne saline naturelle où pataugent parfois des échassiers, puis longe une côte basse de dalles calcaires. La boucle vous ramène au parking en 40 minutes environ. Attention : aucune ombre sur ce tronçon, l’eau est indispensable même pour une heure de marche.
L’extension vers l’Anse à la Gourde
Les bons marcheurs poursuivront sur la trace du littoral en direction de l’Anse Tarare (criques confidentielles, dont une plage naturiste) puis de l’Anse à la Gourde et sa barrière de corail. Comptez 3,5 à 4 km aller depuis le parking, sur un sentier tantôt sableux, tantôt rocheux, toujours face au vent à l’aller — ce qui rend le retour très agréable. C’est, à mon sens, la plus belle portion de sentier côtier de Grande-Terre : falaises basses, arches creusées par la houle, et personne ou presque en semaine.
Prévoyez le maillot : la baignade est sûre à l’Anse à la Gourde (lagon protégé), mais dangereuse à la pointe elle-même — courants violents, ne vous y risquez jamais.
