La première fois qu’un visiteur découvre les plages de Guyane côté Atlantique, la réaction est souvent la même : « Mais pourquoi l’eau est marron ? » On vous l’avoue, en tant que résidents installés entre Cayenne et Rémire-Montjoly, on adore ce moment. Parce qu’il ouvre la porte à l’une des plus belles histoires naturelles du territoire : celle d’un littoral façonné par l’Amazone, à des milliers de kilomètres de là. Oubliez la carte postale antillaise : ici, pas de transats alignés ni de parasols loués à l’heure, mais des kilomètres de sable sauvage bordés de cocotiers, de mangroves et de forêt primaire, qu’on partage avec les tortues luth et les ibis rouges. La beauté se mérite et se comprend.
Nous vivons à l’année sur ces rivages et y accueillons des voyageurs toute la saison. Voici notre sélection honnête, avec les vraies infos pour en profiter.
Pourquoi l’eau des plages de Guyane n’est pas turquoise
La couleur ocre, parfois café au lait, de l’océan guyanais n’a rien d’une pollution. C’est un phénomène géologique grandiose et totalement naturel, et c’est l’identité même de la côte des Guyanes.
Le fleuve Amazone déverse chaque seconde des quantités colossales de sédiments dans l’Atlantique, à plusieurs centaines de kilomètres au sud-est de la Guyane. Le courant des Guyanes remonte ensuite vers le nord-ouest et transporte ces particules fines le long des quelque 350 km de notre côte, jusqu’au Maroni et au-delà — les fleuves locaux (Maroni, Oyapock) y ajoutent leur part. Résultat : une eau chargée en limon, riche en nutriments, qui donne cette teinte caractéristique. Ces sédiments forment aussi des bancs de vase mobiles qui se déplacent sur plusieurs années : certaines plages s’enlisent temporairement, d’autres retrouvent leur sable. C’est vivant, ça bouge, et c’est l’une des particularités les plus fascinantes du territoire.
Une baignade différente, pas dangereuse
Soyons clairs : se baigner dans une eau chargée ne présente aucun risque sanitaire lié à la couleur. Vous ne verrez simplement pas vos pieds. La mer reste chaude (souvent 27-28 °C toute l’année), les vagues sont généralement douces près du rivage. Quelques réflexes de résident :
- Baignez-vous à marée montante ou haute : à marée basse, la vase peut affleurer et la baignade devient boueuse. Le marnage est important (jusqu’à 2 m), si bien que certaines plages décuplent leur surface de sable à marée basse.
- Privilégiez les zones sableuses, évitez de marcher dans les bancs de vase.
- Rincez-vous après : le limon laisse un léger film sur la peau, sans danger.
- Surveillez les courants : il n’y a pas de poste de secours permanent, prudence avec les enfants.
- Renseignez-vous localement sur la présence éventuelle de vase la semaine de votre venue.

Montjoly : la grande plage de Cayenne
À une dizaine de minutes du centre de Cayenne, la plage de Montjoly (commune de Rémire-Montjoly) est LA plage urbaine de référence, la plus accessible et la plus appréciée des Guyanais, et notre terrain de jeu quotidien.
Un long ruban de sable clair s’étire sur plusieurs kilomètres, bordé de cocotiers et de raisiniers de mer. C’est une plage vivante : joggeurs au lever du soleil, familles le week-end, carbets ombragés où l’on pique-nique, quelques snacks créoles et food trucks le soir. On y vient autant pour marcher que pour se baigner.
Bon à savoir avant de poser votre serviette :
- Accès et stationnement : gratuits, plusieurs parkings le long du front de mer. Arrivez tôt le dimanche.
- Meilleur moment : tôt le matin ou en fin d’après-midi, quand la chaleur retombe et que la lumière est douce.
- Baignade surveillée : pas en permanence, restez prudents et près du bord.
- À éviter : laisser des objets de valeur sans surveillance.
Montjoly et la plage voisine de Gosselin sont aussi des sites de ponte de tortues marines majeurs (vertes, luth, olivâtres). De mars à juillet, les tortues viennent pondre la nuit, et au lever du jour il n’est pas rare de croiser les traces fraîches d’une ponte dans le sable. Des associations locales organisent des sorties d’observation encadrées. Règle d’or : pas de lumière blanche, pas de flash, on reste discret et à distance.
Les Salines, Montabo et le littoral de Rémire
Prolongement naturel de Montjoly, la plage des Salines est plus sauvage et moins fréquentée en semaine. À marée basse, l’estran s’étend très loin : un terrain de jeu parfait pour les longues marches pieds nus et l’observation des oiseaux limicoles. C’est l’un de nos coups de cœur pour une fin de journée, quand le ciel s’embrase derrière la cocoteraie.
Au pied de la colline de Montabo, à Cayenne même, une petite plage offre un point de vue dégagé sur l’Atlantique. On ne vient pas ici pour une baignade de rêve, mais pour le sentier de Montabo qui grimpe dans une forêt littorale habitée par des singes et des iguanes, avec des panoramas sur la ville et le large — à combiner avec une visite du marché de Cayenne et de la place des Palmistes. En bouclant sur Rémire-Montjoly, ne manquez pas non plus les petites criques et pointes rocheuses où s’accrochent des carbets traditionnels : le Rorota et le Mahury offrent des couchers de soleil spectaculaires, quand la marée remonte et que les pélicans plongent.
Awala-Yalimapo et la plage des Hattes : le sanctuaire des tortues luth
À l’autre extrémité du territoire, près de Saint-Laurent-du-Maroni, la plage des Hattes à Awala-Yalimapo est un lieu à part. Comptez environ 250 km et 3 h 30 à 4 h de route depuis Cayenne via la RN1 (la voiture est indispensable en Guyane).
Située à l’embouchure du fleuve Maroni, face au Suriname, cette plage de sable bordée par la forêt appartient à la commune kali’na (amérindienne) d’Awala-Yalimapo. L’ambiance y est paisible, authentique, loin de tout : on vient ici pour la nature et la rencontre culturelle, dans un cadre culturel fort, pas pour les infrastructures balnéaires.
C’est l’un des plus importants sites de ponte de tortues luth au monde. La saison s’étale principalement d’avril à juillet, avec un pic en mai-juin. Voir ces géantes de plus de 500 kg et d’un mètre cinquante remonter le sable la nuit est une émotion rare. Nos conseils :
- Passez par un guide local ou la réserve naturelle de l’Amana.
- Respectez les consignes : distance, silence, aucune lumière blanche ni flash.
- Combinez la visite avec la découverte du Camp de la Transportation et du bagne à Saint-Laurent, et une remontée du fleuve Maroni en pirogue.
