Quand on vit en Guyane, on finit par régler son réveil sur les oiseaux. Vers 5 h 30, bien avant que le soleil ne passe au-dessus de la canopée, le ciel se remplit de cris : ce sont souvent les aras qui ouvrent le bal, en couples bruyants filant d’un massif forestier à l’autre. Les oiseaux de Guyane comptent parmi les plus spectaculaires d’Amazonie, et la bonne nouvelle pour 2026, c’est qu’on peut en observer beaucoup sans jumelles haut de gamme ni objectif de 600 mm. Il suffit de connaître les bons endroits, et surtout les bonnes heures. Voici le guide que j’aurais aimé avoir à mon arrivée.
Pourquoi la Guyane est un paradis ornitho accessible
La Guyane est un département français (DROM) couvert à plus de 90 % de forêt amazonienne primaire. Résultat : on y recense plus de 700 espèces d’oiseaux sur un territoire grand comme le Portugal, mais peuplé de seulement 290 000 habitants. Cette faible densité humaine explique pourquoi la faune reste si visible, parfois en bordure de route ou de jardin.
Autre avantage : tout se fait depuis Cayenne et ses environs en voiture (indispensable ici). Les meilleurs spots sont à moins de deux heures du chef-lieu. Et contrairement à beaucoup de destinations amazoniennes, l’infrastructure française rend l’aventure confortable : routes goudronnées, hébergements propres, eau potable.
La règle d’or : l’heure avant le matériel
Si vous ne deviez retenir qu’une chose, ce serait celle-ci : l’horaire bat le matériel. Un débutant avec un simple téléphone, présent au bon endroit à 6 h, verra dix fois plus d’oiseaux qu’un photographe équipé arrivé à 10 h. Les deux créneaux magiques sont :
- 5 h 45 – 8 h 30 : activité maximale, chants, déplacements vers les zones d’alimentation.
- 16 h 30 – 18 h 15 : retour aux dortoirs, lumière dorée, aras en vol.
En journée, sous la chaleur, la forêt se tait presque. Inutile de vous épuiser à midi.

Où voir les aras rouges en Guyane
L’ara macao (ara rouge) et l’ara chloroptère sont les stars locales. Pour les observer, oubliez la forêt dense : on les repère surtout en vol au-dessus de la canopée, à contre-jour ou en silhouette colorée.
Les marais de Kaw (Roura)
À environ 1 h 30 de Cayenne par la route de Roura, les marais de Kaw sont mon spot numéro un. La piste qui descend vers le village traverse une savane et longe la montagne de Kaw, couverte de forêt. C’est là, en fin d’après-midi, que l’on voit passer des couples d’aras au-dessus des arbres.
- Quand : départ de Cayenne vers 14 h 30 pour être sur place à 16 h 30.
- Coût : carburant uniquement si vous restez sur la route ; une sortie en pirogue guidée coûte généralement 45 à 70 € par personne.
- Astuce : la nuit, ces mêmes pirogues partent observer les caïmans. Combinez les deux.
La crique Gabrielle et la route de Cacao (Roura)
La D6 qui mène à Cacao, le village de la communauté hmong, traverse une zone forestière magnifique. Les bords de route offrent souvent des trouées où guetter les aras au lever du jour. Faites le plein de beignets de crevettes au marché du dimanche de Cacao, puis postez-vous sur une trouée vers 6 h 30.
Où voir les toucans sans effort
Contrairement aux aras, les toucans se laissent approcher plus facilement, car ils fréquentent volontiers les arbres fruitiers en lisière de forêt et même certains jardins. Le toucan ariel et le toucan toco sont les plus repérables grâce à leur bec énorme et leur vol ondulant caractéristique.
Les jardins et lisières de Rémire-Montjoly et Matoury
Bonne surprise pour les voyageurs : pas besoin d’aller loin. À Rémire-Montjoly et Matoury, les toucans viennent se nourrir dans les manguiers et les goyaviers en début de matinée. Un toit de terrasse, un café à la main, et l’on assiste au spectacle.
- Quand : 6 h – 7 h 30, quand les fruits mûrs attirent toute la faune.
- Repère sonore : un croassement râpeux, presque mécanique, vous signale leur présence avant de les voir.
Le sentier du Rorota (Rémire-Montjoly)
Ce sentier balisé autour du lac du Rorota est l’un des plus accessibles de la commune. Comptez 1 h 30 à 2 h de marche facile. Outre les toucans, on y entend les hoccos au sol et l’on croise parfois des singes. Entrée gratuite, parking au départ.
Le hocco : la rencontre la plus discrète
Le hocco alector est un gros oiseau noir au sommet de la tête frisé, qui vit au sol dans la forêt profonde. Il est chassé, donc farouche, sauf dans les zones protégées. Pour maximiser vos chances :
- La réserve des Nouragues : accès très réglementé et limité, mais la faune y est dense et confiante.
- Les pistes forestières peu fréquentées au lever du jour, en roulant lentement, fenêtres ouvertes.
- Restez silencieux : le hocco fuit au moindre bruit de moteur ou de voix.
