Vous préparez votre voyage en Guyane et une question revient sans cesse dans vos recherches : comment ne pas finir le séjour couvert de piqûres ? Bonne nouvelle, après plusieurs années passées à accueillir des voyageurs entre Cayenne, Rémire-Montjoly et le fleuve Maroni, je peux vous le dire franchement : la Guyane n’est pas l’enfer entomologique qu’on imagine, à condition d’adopter une vraie stratégie. Voici la méthode anti-piqûres que nous recommandons à tous nos voyageurs, basée sur l’expérience du terrain et non sur la théorie.
Connaître ses adversaires : moustiques, yen-yen et compagnie
En Guyane, on ne se bat pas contre un seul insecte mais contre plusieurs, qui ont chacun leurs horaires et leurs terrains de chasse. Les confondre, c’est se protéger au mauvais moment.
Le moustique tigre (Aedes), l’urbain diurne
C’est lui qui transmet les arbovirus. L’Aedes aegypti et l’Aedes albopictus piquent surtout en journée, avec deux pics : tôt le matin et en fin d’après-midi. On le trouve partout en zone habitée, autour de Cayenne, Matoury, Kourou ou Macouria, car il se reproduit dans la moindre eau stagnante (soucoupe de pot de fleur, gouttière, pneu). C’est l’ennemi numéro un pour la santé.
L’anophèle, le nocturne des zones forestières
Vecteur potentiel du paludisme, l’anophèle pique la nuit, surtout dans l’intérieur et le long des fleuves (Maroni, Oyapock). En ville et sur le littoral, le risque est faible à négligeable, mais si vous partez en pirogue vers Saint-Laurent-du-Maroni ou en excursion dans les marais de Kaw, la protection nocturne devient essentielle.
Le yen-yen, le cauchemar minuscule
Voici le véritable test du voyageur en Guyane. Le yen-yen (ou « moustique des sables », un simulie minuscule) n’est pas dangereux pour la santé, mais ses piqûres démangent atrocement pendant des jours. Il sévit surtout en bord de mer et d’eau, au lever et au coucher du soleil, notamment sur certaines plages de Rémire-Montjoly, à Awala-Yalimapo ou aux abords des Îles du Salut. Il est si petit qu’il passe à travers les mailles larges d’un vêtement léger.
Les autres : aoûtats, fourmis, abeilles
On croise aussi des aoûtats (petites rougeurs au niveau des chaussettes après une marche en herbe), des fourmis et quelques guêpes. Rien de dramatique, mais cela complète le tableau et justifie une protection couvrante en randonnée, par exemple à la réserve des Nouragues ou autour de Cacao.

La règle d’or : choisir la bonne période et les bons lieux
Le premier répulsif, c’est le calendrier. La saison sèche, de mi-juillet à mi-novembre, est la meilleure période pour visiter la Guyane : moins de pluie signifie moins de gîtes larvaires, donc nettement moins de moustiques. C’est aussi la fenêtre idéale pour observer les tortues luth à Awala-Yalimapo et profiter du Centre Spatial Guyanais à Kourou, dont la visite est gratuite et permet parfois d’assister à un tir Ariane 6 ou Vega.
Côté hébergement, le choix de la commune compte. Le littoral ventilé (Rémire-Montjoly, le centre de Cayenne autour de la place des Palmistes) souffre moins que les zones bordées de mangrove ou de forêt. Le vent est votre allié : une terrasse exposée à la brise marine voit fuir les moustiques, qui volent mal.
Les répulsifs qui fonctionnent vraiment
Tous les répulsifs ne se valent pas, et en zone tropicale, on ne fait pas de compromis. Voici ce qui marche, classé par molécule.
- DEET 30 à 50 % : la référence en Guyane. Efficace contre Aedes, anophèles et yen-yen, durée de protection de 4 à 8 heures. C’est ce que nous conseillons en priorité aux adultes.
- Icaridine (Picaridine) 20 à 25 % : presque aussi efficace, plus agréable sur la peau, n’abîme pas les plastiques (montres, lunettes). Excellent compromis.
- IR3535 20 à 35 % : un cran en dessous sur le yen-yen, mais utile pour les peaux sensibles.
- Huile essentielle de citronnelle : sympathique mais protection courte (1 heure environ). À réserver à l’appoint, jamais comme protection principale.
Quelques règles d’application que j’observe au quotidien : appliquez le répulsif par-dessus la crème solaire (jamais l’inverse), renouvelez après la baignade et toutes les 4 à 6 heures, et n’oubliez pas chevilles, nuque et arrière des oreilles, les zones préférées du yen-yen. Comptez 8 à 15 euros le flacon, disponible dans toutes les pharmacies de Cayenne ou de Kourou si vous arrivez les mains vides à l’aéroport Félix-Éboué de Matoury.
La barrière physique : votre meilleure assurance
Le répulsif ne suffit pas seul. La barrière textile est sous-estimée alors qu’elle est redoutablement efficace, surtout contre le yen-yen qui se moque parfois des sprays.
Vêtements et tissus
- Privilégiez les manches longues et pantalons légers en tissage serré (lin trop aéré = passoire à yen-yen).
- Les couleurs claires attirent moins que les sombres.
- Pour les excursions à fort risque (marais de Kaw au crépuscule, pirogue sur le Maroni), un vêtement imprégné de perméthrine est un investissement très rentable.
- Aux pieds : chaussures fermées et chaussettes montantes en randonnée, contre aoûtats et fourmis.
Moustiquaire et logement
Une moustiquaire au-dessus du lit reste la protection nocturne la plus fiable, en particulier dans l’intérieur. En ville, un logement avec moustiquaires aux fenêtres, climatisation ou ventilateur change radicalement la donne : l’air brassé empêche les moustiques d’approcher. C’est un critère que nous vérifions systématiquement dans nos logements à Cayenne et Rémire-Montjoly.
