Il existe en Guyane des endroits où le bitume s’arrête et où la forêt reprend ses droits sans prévenir. La montagne de Kaw est de ceux-là. À une centaine de kilomètres à l’est de Cayenne, ce massif couvert de forêt primaire domine l’immense réserve naturelle des marais de Kaw. On y vient pour marcher sous une canopée intacte, dormir en carbet au-dessus du vide et se réveiller dans une mer de brume où chantent les toucans. Voici, en tant que résident qui a usé ses chaussures sur ces sentiers, tout ce qu’il faut savoir avant de partir.
Où se trouve la montagne de Kaw
La montagne de Kaw n’est pas un sommet unique mais une longue crête boisée qui sépare le plateau côtier des marais. Elle culmine autour de 300 mètres, ce qui peut sembler modeste, mais en forêt équatoriale chaque dénivelé compte : l’humidité, la chaleur et le sol argileux transforment vite une côte ordinaire en effort sérieux.
Le secteur fait partie de la réserve naturelle des marais de Kaw-Roura, l’une des plus vastes zones humides protégées de France. C’est un sanctuaire de biodiversité : caïmans noirs, loutres géantes, hoazins, jaguars discrets et une avifaune qui ferait pâlir n’importe quel ornithologue européen.
Comment y accéder depuis Cayenne
Depuis Cayenne, comptez environ 1 h 15 à 1 h 30 de route par la RN2 puis la route de Kaw (la D6), soit une centaine de kilomètres. La fin du trajet est une piste qui serpente sur la crête : superbe, mais étroite et glissante après la pluie.
- Voiture indispensable : aucun transport en commun ne dessert le site. Un 4x4 ou un véhicule à bonne garde au sol est fortement recommandé sur la piste finale.
- Depuis l’aéroport Félix-Éboué (Matoury), ajoutez 20 minutes pour rejoindre la RN2.
- Faites le plein à Roura : la dernière station-service sérieuse est en amont.
Astuce de local : partez tôt le matin. La lumière rasante sur les marais en contrebas, depuis la route de crête, est l’une des plus belles de Guyane.

La randonnée : à quoi s’attendre
Plusieurs itinéraires sillonnent le massif. Le plus accessible relie le carbet d’accueil à un point de vue sur les marais en 2 à 3 heures aller-retour, sur un sentier balisé d’environ 4 à 5 km. Les marcheurs aguerris peuvent enchaîner des boucles plus longues de 5 à 6 heures en forêt profonde.
Le profil du sentier
- Distance : de 4 km (boucle découverte) à 12 km (grande boucle).
- Dénivelé : 150 à 350 m cumulés selon l’itinéraire.
- Durée : 2 h à 6 h.
- Difficulté : modérée, mais la chaleur et l’humidité (souvent 90 %) durcissent l’exercice.
Le sentier traverse une forêt primaire authentique : des fromagers géants aux contreforts spectaculaires, des lianes épaisses comme des bras, des palmiers wassaï et un sous-bois sombre où la lumière peine à descendre. Le silence n’existe pas ici. Il est remplacé par le vrombissement des insectes, le cri lointain des singes hurleurs au lever du jour et le martèlement des pics.
Ce qu’on observe en chemin
- Des colonnes de fourmis-manioc transportant leurs feuilles découpées.
- Des morphos bleus qui jaillissent comme des éclats de ciel.
- Avec un peu de chance et beaucoup de silence, un agouti ou un tamandua (fourmilier).
- Au petit matin, le ballet sonore des toucans et des aras au-dessus de la canopée.
Le carbet du bout du monde : une nuit suspendue
Le cœur de l’expérience, c’est la nuit. Sur les hauteurs de Kaw, quelques carbets aménagés permettent de dormir en pleine forêt, hamac tendu sous un toit de tôle ou de feuilles, sans électricité ni réseau. C’est ce que j’appelle le « carbet du bout du monde » : un point posé sur la crête, ouvert sur le vide, où l’on s’endort bercé par la forêt.
Comment ça se passe concrètement
- Hamac obligatoire : on dort en hamac avec moustiquaire, jamais à même le sol. Beaucoup d’opérateurs le fournissent, sinon comptez 30 à 50 € à l’achat à Cayenne.
- Bâche de pluie : indispensable même en saison sèche, une ondée nocturne reste possible.
- Repas : souvent préparés au feu de bois par le guide (bouillon d’awara simplifié, poisson, riz créole).
- Tarifs : une sortie guidée avec nuit en carbet se situe généralement entre 80 et 150 € par personne, repas et encadrement compris. Le carbet seul, en autonomie, est parfois accessible pour 10 à 20 € la nuitée.
Le réveil dans la canopée
C’est le moment qui justifie tout le reste. Juste avant l’aube, la brume monte des marais et noie la forêt en contrebas. La crête de Kaw émerge alors comme une île au-dessus d’un océan blanc. Les premiers rayons embrasent la cime des arbres, les singes hurleurs lancent leur rugissement caverneux et, en quelques minutes, toute la canopée s’éveille. On comprend là, mieux qu’avec n’importe quelle photo, pourquoi la Guyane se vit autant qu’elle se visite.
Quand partir : la fenêtre idéale
La Guyane vit au rythme de deux grandes saisons. Pour la montagne de Kaw, visez la saison sèche, de mi-juillet à mi-novembre. Les sentiers sont praticables, la piste moins traître et les nuits en carbet plus confortables. En saison des pluies, l’expérience reste possible mais la boue, les crues et les moustiques compliquent sérieusement la sortie.
Quelques repères pratiques propres au territoire :
- Décalage horaire : -5 h avec Paris en hiver, -6 h en été. Pratique pour caler ses appels.
- Monnaie : l’euro, la Guyane étant un département-région d’outre-mer (DROM) français.
- Indicatif téléphonique : +594, mais ne comptez sur aucun réseau dans le massif.
- Vaccin fièvre jaune obligatoire pour entrer sur le territoire : à anticiper avant le voyage.
