On me demande souvent, en conciergerie, quelle est l’activité à ne surtout pas rater en Martinique. Ma réponse n’a pas changé en dix ans : passer une matinée sur les fonds blancs du François. Une eau qui ne vous arrive qu’à la taille à un kilomètre du rivage, un sable d’une blancheur de lait sous les pieds, des îlets boisés posés sur le lagon. C’est unique aux Antilles, et pourtant fragile. Ce guide n’est pas un catalogue d’offres : c’est un mode d’emploi pour bien choisir son excursion, comprendre les îlets et profiter de la baignoire de Joséphine sans abîmer ce que vous venez admirer.
Comprendre les fonds blancs avant d’embarquer
Les fonds blancs ne sont pas des plages : ce sont des hauts-fonds, de larges plateaux de sable corallien immergés sous 60 cm à 1,30 m d’eau, loin de la terre, dans le lagon abrité par la double barrière de corail de la côte est. Quelques repères :
- L’eau laiteuse et turquoise vient du soleil qui rebondit sur le sable clair : un phénomène optique, pas une couleur ajoutée.
- La température oscille entre 27 et 29 °C toute l’année, baignade confortable en toute saison.
- Le François est à 25 km de Fort-de-France (40 minutes de route) et à 30 minutes de l’aéroport Aimé Césaire (Le Lamentin).
- On n’y accède qu’en bateau : aucun fond blanc n’est joignable à la nage, et un haut-fond reste un écosystème vivant (herbiers, oursins, étoiles de mer) fragile.
La baignoire de Joséphine, entre légende et réalité
Le point d’orgue reste la baignoire de Joséphine. La tradition raconte que Joséphine de Beauharnais, née aux Trois-Îlets avant de devenir impératrice, venait s’y rafraîchir : jolie histoire, invérifiable. Ce qui est bien réel, c’est la sensation d’avoir pied en plein milieu de l’océan, dans une eau translucide. Le rituel local veut qu’on y partage un ti-punch des fonds blancs préparé à bord, debout dans l’eau.

Le chapelet d’îlets : savoir où vous mettez les pieds
L’autre richesse du François, ce sont ses îlets : une dizaine de petites îles qui ponctuent le lagon. En connaître les noms aide à comprendre l’itinéraire d’un skipper.
- Îlet Oscar : le plus emblématique, avec sa maison créole en bois classée ; on ne débarque pas (propriété habitée), mais le mouillage est superbe.
- Îlet Thierry : connu pour ses tables d’hôtes et ses escales déjeuner, ambiance Robinson chic.
- Îlet Frégate, îlet Long, îlet Métrente : îlets bas bordés de raisiniers, parfaits pour l’ombre et le snorkeling.
- Pointe Thalémont et bancs voisins : c’est là que se trouvent les principaux fonds blancs et la baignoire de Joséphine.
Bon à savoir : la quasi-totalité des îlets du François sont privés, et c’est ce statut qui les a protégés du bétonnage. Un prestataire disposant d’un accès conventionné à un îlet pour le déjeuner vous offre donc un vrai privilège — un excellent critère de choix.
Choisir son prestataire : le cœur de la décision
C’est ici que se joue la réussite de votre journée. Le François concentre une offre dense, et tous les bateaux ne se valent pas.
Les sorties collectives en catamaran ou vedette
L’option la plus répandue et abordable : on embarque à 15, 30, parfois 50 passagers, dans une ambiance conviviale.
- Demi-journée (environ 4 h) : 45 à 65 € par adulte, ti-punch généralement inclus.
- Journée complète avec déjeuner sur îlet (6 à 7 h) : 80 à 105 € par adulte, boissons comprises.
- Tarif enfant : réduit de 30 à 50 %, parfois gratuit pour les tout-petits.
Les sorties privatives avec skipper
Vous réservez le bateau pour votre seul groupe (6 à 12 personnes) : intimité, calme et horaires souples, parfait pour une famille ou un anniversaire. Comptez 380 à 580 € le bateau en demi-journée et 650 à 950 € à la journée, skipper compris.
La location sans permis, pour les autonomes
On loue une embarcation de moins de 6 CV, sans permis, autour de 130 à 190 € la journée. Séduisant, mais déconseillé aux débutants : naviguer entre les patates de corail demande de savoir lire la couleur de l’eau, sous peine d’abîmer le récif.
Mes critères de local pour ne pas se tromper
- Vérifiez l’accès conventionné à un îlet pour le déjeuner et un matériel de snorkeling fourni en bon état.
- Assurez-vous que l’eau et le ti-punch des fonds blancs sont inclus : l’hydratation compte sous le soleil.
- Privilégiez un moteur récent, lisez les avis (la qualité tient surtout au skipper) et réservez en direct auprès d’un opérateur du François plutôt que via une plateforme qui empile sa commission.
Bonnes pratiques : préserver les fonds blancs
C’est le sujet qu’on évite trop souvent, et pourtant celui qui décidera de l’état du lagon dans vingt ans. Victimes de leur succès, les fonds blancs souffrent du piétinement des herbiers et des déchets. Un visiteur informé fait une vraie différence.
- Ne marchez pas sur les herbiers ni le corail : restez sur le sable blanc nu. Les herbiers sont des nurseries à poissons.
- Ne prélevez rien : oursins, étoiles de mer et coraux restent dans l’eau. Une étoile de mer sortie à l’air meurt en quelques minutes.
- Crème solaire reef-safe ou lycra : les filtres chimiques classiques participent au blanchissement corallien.
- Zéro déchet à l’eau : ramenez tout, mégots compris.
- Choisissez un skipper qui mouille sur sable et utilise les bouées d’amarrage plutôt que de jeter l’ancre dans le corail.
Ces gestes ne coûtent rien, et un bon prestataire vous les rappellera de lui-même — un signe de sérieux.
