Quand on arrive à Saint-Laurent-du-Maroni après les 3h de route depuis Cayenne, on ne s’attend pas à découvrir un site aussi chargé d’histoire que le Camp de la Transportation. C’est ici, sur les berges du fleuve Maroni qui marque la frontière avec le Suriname, que débarquaient les bagnards condamnés à la “transportation” depuis la métropole. Aujourd’hui, ce lieu de mémoire est devenu l’incontournable culturel de l’Ouest guyanais. Après plusieurs visites accompagnées de nos voyageurs, je vous livre ici tout ce qu’il faut savoir pour préparer la vôtre, horaires compris, avec quelques angles que les guides pressés oublient souvent.
Pourquoi le Camp de la Transportation marque autant
Entre 1858 et 1938, environ 70 000 condamnés ont transité par ce camp d’accueil. C’était la première terre foulée par les forçats avant leur répartition vers les autres pénitenciers : les Îles du Salut, Saint-Jean-du-Maroni ou les camps forestiers. Le Camp de la Transportation n’était donc pas une prison de longue durée, mais un point de tri, un sas où l’administration pénitentiaire décidait du sort de chacun.
Ce qui frappe sur place, c’est l’échelle. Les bâtiments en briques rouges, les longues coursives, les cases collectives où s’entassaient les hommes : tout raconte un système conçu pour broyer. Et au milieu de cet ensemble, la cellule d’Henri Charrière, dit “Papillon”, dont le récit a fait le tour du monde. Que son histoire soit romancée ou non, elle attire encore les visiteurs venus chercher la trace du célèbre évadé.
Un site classé et entretenu
Le camp est classé Monument historique depuis 1990 et fait partie des secteurs sauvegardés de Saint-Laurent-du-Maroni. Une partie des bâtiments a été restaurée et abrite aujourd’hui des expositions, des ateliers d’artistes et le centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP). On est loin de la ruine abandonnée : c’est un lieu vivant, où la mémoire dialogue avec la création contemporaine.

Infos pratiques : horaires, tarifs et accès
Voici les informations concrètes à vérifier avant de partir. Les horaires évoluent selon la saison et les jours fériés, donc confirmez toujours auprès de l’Office de tourisme de Saint-Laurent-du-Maroni la veille.
- Horaires d’ouverture : généralement du lundi au samedi, de 8h30 à 16h30 environ, avec des visites guidées à heures fixes (souvent 9h, 10h30, 15h et 16h). Ouvertures réduites le dimanche.
- Tarifs visite guidée : comptez environ 8 à 12 € par adulte, tarif réduit autour de 5 à 6 € pour les enfants et étudiants. La visite libre du site extérieur est généralement gratuite.
- Durée : la visite guidée dure environ 1h15 à 1h30. Prévoyez 2h à 2h30 sur place si vous ajoutez les expositions.
- Réservation : vivement conseillée en haute saison (juillet à novembre) et pour les groupes. L’Office de tourisme est situé juste à l’entrée du camp.
- Accessibilité : sols inégaux et marches par endroits ; prévenez l’accueil en cas de mobilité réduite.
Comment venir depuis Cayenne, Kourou ou Matoury
Saint-Laurent-du-Maroni se trouve à l’extrême Ouest du département. La voiture est indispensable en Guyane, et ce trajet ne fait pas exception.
- Depuis Cayenne : environ 250 km par la RN1, soit 3h à 3h30 de route.
- Depuis Kourou : environ 190 km, soit 2h30.
- Depuis l’aéroport Félix-Éboué (Matoury) : comptez 3h, idéal si vous récupérez votre location de voiture à l’arrivée.
La route traverse Sinnamary, Iracoubo et Mana : prévoyez de l’eau, du carburant (les stations se raréfient) et partez tôt le matin pour profiter de la fraîcheur et de la lumière.
Les angles méconnus à ne pas rater
La plupart des visiteurs se contentent du parcours guidé classique. Voici ce que je recommande à nos voyageurs pour aller plus loin.
Le quartier disciplinaire et les graffitis
Au-delà de la fameuse cellule “Papillon”, prenez le temps d’observer les graffitis gravés dans les murs par les détenus : dates, noms, dessins, calendriers de peine. Ce sont des témoignages bruts, bien plus émouvants que n’importe quel panneau explicatif. Demandez à votre guide de vous les pointer, ils passent facilement inaperçus.
Le coucher de soleil sur le Maroni
Le camp borde le fleuve. En fin d’après-midi, après la visite, descendez sur les berges et le ponton voisin pour assister au coucher de soleil sur le Maroni, avec le Suriname en face. C’est l’un des plus beaux panoramas de l’Ouest guyanais, et un contraste saisissant avec la lourdeur du lieu.
Coupler avec une pirogue et le marché
Saint-Laurent vit au rythme du fleuve. Juste après le camp, vous pouvez :
- Embarquer en pirogue sur le Maroni pour rejoindre un village bushinenge ou simplement longer la frontière (sortie d’1h à la demi-journée selon les piroguiers).
- Flâner au marché et dans le bourg, où se croisent cultures créole, bushinenge et amérindienne.
- Visiter le camp de la Relégation (Saint-Jean) en remontant un peu, moins fréquenté et tout aussi parlant.
