Visiter Cayenne en deux jours, c’est largement faisable — à condition de ne pas perdre de temps. Le chef-lieu de la Guyane n’est pas une grande ville (environ 65 000 habitants intra-muros, près de 150 000 avec Rémire-Montjoly et Matoury), mais elle condense tout ce qui fait le caractère du territoire : un marché parmi les plus dépaysants de France, des rues bordées de maisons créoles en bois, et à quinze minutes de voiture, des plages sauvages où pondent les tortues luth. Après plusieurs années passées ici, voici l’itinéraire que je fais suivre à tous mes invités de passage, avec les horaires, les prix et les pièges à éviter.
Un point logistique avant de commencer : l’aéroport Félix-Éboué se trouve à Matoury, à environ 15 km du centre de Cayenne (20 à 25 minutes en voiture). Il n’y a quasiment pas de transports en commun fiables : louez une voiture dès l’arrivée (comptez 40 à 55 €/jour en saison sèche). Pour le reste de la préparation, notre guide complet de la Guyane couvre formalités, climat et vaccin fièvre jaune (obligatoire, à faire au moins 10 jours avant le départ).
Jour 1 : le marché et le vieux Cayenne
Commencer tôt au marché de Cayenne (le samedi si possible)
Si vous pouvez choisir vos dates, calez votre premier jour sur un samedi. Le marché couvert de Cayenne, à l’angle de l’avenue du Général-de-Gaulle, ouvre les mercredis, vendredis et samedis de 6 h à 13 h environ — et c’est le samedi matin qu’il donne sa pleine mesure. Arrivez avant 9 h : la chaleur monte vite et les meilleurs étals se vident.
Ce qu’il ne faut pas rater :
- La soupe pho des stands hmong à l’étage : un bol copieux pour 8 à 10 €, le meilleur petit-déjeuner de la ville.
- Le jus de wassaï (l’açaï local, pressé minute) : 3 à 5 € le gobelet, à boire légèrement sucré.
- Les épices et piments : pâte de piment végétarien, bois d’Inde, couac (semoule de manioc) — comptez 3 à 6 € le pot, parfait en souvenir.
- Les fruits : ramboutans, coco fraîche, maracudja, parfois du comou.
Juste à côté, le petit marché aux poissons donne une idée de ce que le plateau des Guyanes offre : acoupa, machoiran, crevettes.
La place des Palmistes et l’architecture créole
À cinq minutes à pied, la place des Palmistes est le salon de Cayenne : un rectangle planté de palmiers royaux centenaires, bordé de cafés et dominé par la statue de Félix Éboué, enfant du pays. C’est le point de départ idéal pour explorer le vieux Cayenne à pied, en boucle d’environ 1 h 30 à 2 h :
- Rue de Rémire et rues adjacentes : les plus belles maisons créoles traditionnelles, façades en bois peint, persiennes et balcons ouvragés, certaines superbement restaurées, d’autres patinées par l’humidité équatoriale.
- L’Hôtel de Ville et la préfecture (ancien couvent des Jésuites), beaux exemples d’architecture coloniale.
- Le Musée des cultures guyanaises, rue Madame-Payé : modeste mais bien fait pour comprendre le peuplement amérindien, créole, bushinengé et hmong du territoire. Entrée autour de 3 €, fermé le dimanche.
Conseil de résident : faites cette balade entre 9 h et 11 h ou après 16 h. En milieu de journée, le soleil équatorial rend la marche pénible, même en saison sèche.
Fort Cépérou et fin d’après-midi à la Crique
Montez ensuite la butte du fort Cépérou, berceau historique de la ville (accès libre). Il reste peu de vestiges, mais la vue embrasse les toits de tôle, l’estuaire et l’océan couleur Amazone — car non, la mer n’est pas turquoise ici : les sédiments du grand fleuve voisin teintent tout le littoral guyanais d’un brun-vert unique.
Pour le dîner, direction les restaurants du centre : un plat créole (fricassée de gibier, parépou, dachine) revient à 15 à 22 €. Si vous êtes en ville en janvier ou février, renseignez-vous sur les soirées du Carnaval : les défilés du dimanche et les bals parés-masqués sont une expérience à part entière.

Jour 2 : Rémire-Montjoly, entre sentier du Rorota et plages
Le sentier du Rorota au lever du jour
Deuxième journée, deuxième visage de l’île de Cayenne. Prenez la voiture vers Rémire-Montjoly, la commune résidentielle voisine (10 km, 15 à 20 minutes hors heure de pointe). Garez-vous au départ du sentier du Rorota, route de Rémire : une boucle ombragée de 4,5 km (environ 2 heures, gratuit, niveau facile) qui serpente entre forêt secondaire et anciens réservoirs d’eau de la ville.
Partez à 7 h 30 : c’est l’heure où l’on a le plus de chances d’apercevoir les paresseux à trois doigts dans la canopée, ainsi que tamarins, agoutis et une avifaune dense. Prévoyez de l’eau, un répulsif et des chaussures fermées : le sol reste glissant toute l’année.
Les plages de Montjoly : que faire à Cayenne côté océan
L’après-midi, place aux plages. Les plages de Montjoly, Gosselin et des Salines alignent plusieurs kilomètres de sable bordés de cocotiers et d’amandiers-pays. Soyons honnêtes : on ne vient pas en Guyane pour la baignade carte postale — l’eau est chargée en sédiments et la baignade se fait avec prudence (courants). Mais pour marcher, courir, voir les pêcheurs relever leurs filets et assister à un coucher de soleil, c’est superbe.
Deux bonus selon la saison :
- D’avril à juillet, les plages de Rémire-Montjoly comptent parmi les rares au monde où les tortues luth viennent pondre la nuit, parfois à quelques mètres des promeneurs. Observation possible en autonomie en respectant les consignes : pas de lampe blanche, pas de flash, distance de 10 m.
- Le tour de l’îlet la Mère (au large, accessible en excursion à la journée, environ 35 à 45 €) pour rencontrer les saïmiris, ces petits singes-écureuils peu farouches.
Terminez par les vestiges de l’habitation Vidal (ancienne sucrerie, accès libre), puis un verre dans une paillote face à l’océan (planteur autour de 6 à 8 €).
