On imagine souvent la Guyane plate, tapissée d’une forêt sans relief. C’est une erreur. Sous la canopée se cachent de véritables sommets, isolés au cœur de l’un des massifs forestiers les plus intacts de la planète. Atteindre l’un de ces points hauts ne ressemble en rien à une randonnée alpine balisée : ici, on ne grimpe pas une montagne, on traverse une jungle qui, parfois, se redresse. Cet article s’adresse à celles et ceux qui ont déjà de la bouteille en milieu tropical et qui veulent comprendre ce que représente, concrètement, partir à l’assaut des sommets de Guyane.
Comprendre le relief guyanais avant de partir
La Guyane n’est pas un pays de montagnes au sens classique. Son point culminant, le Bellevue de l’Inini, plafonne à 851 mètres, et le célèbre Pic Coudreau (parfois écrit « monts Coudreau ») culmine aux alentours de 690 à 712 mètres selon les sources cartographiques. Des altitudes modestes sur le papier. Mais l’altitude ne dit rien de la difficulté réelle.
Ce qui rend ces sommets exigeants, ce n’est pas le dénivelé : c’est l’accès. La plupart se trouvent à plusieurs jours de pirogue puis de marche, dans des zones sans route, sans réseau et sans secours immédiat. On parle d’expéditions, pas de sorties à la journée.
Les principaux reliefs à connaître
- Bellevue de l’Inini (851 m) : point culminant du département, dans le sud profond, accessible uniquement en expédition lourde.
- Pic Coudreau du Sud / monts Coudreau : massif emblématique du sud-ouest, près de la frontière avec le Brésil.
- Montagne Tortue (~600 m) : plus accessible, dans la région de Roura, souvent une première étape pour les randonneurs qui veulent tester le terrain.
- Inselbergs des Nouragues : ces dômes granitiques émergeant de la forêt offrent des panoramas spectaculaires sur la canopée, dans la réserve naturelle des Nouragues.

Pourquoi ces sommets sont un vrai défi
Quiconque a déjà marché en forêt équatoriale le sait : la chaleur et l’humidité transforment chaque heure d’effort. Sur ces itinéraires, comptez une progression réelle souvent inférieure à 1,5 km/h sous couvert dense, layon à ouvrir au coupe-coupe, sol glissant, racines, ravines et franchissements de criques.
Les vraies contraintes du terrain
- Humidité permanente : taux proche de 100 %, transpiration continue, vêtements qui ne sèchent jamais vraiment.
- Poids du sac : sur une expédition de plusieurs jours, on porte hamac, bâche, eau de traitement, vivres lyophilisés et matériel de sécurité, soit facilement 15 à 20 kg.
- Faune : serpents (grage, surtout en fin de journée), insectes, et la nécessité de surveiller où l’on pose pieds et mains.
- Orientation : sous canopée, le GPS perd parfois le signal. Carte, boussole et trace pré-chargée sont indispensables.
- Isolement : aucune évacuation rapide possible. Une entorse à trois jours de marche devient un problème majeur.
C’est précisément cet engagement qui fait la valeur de l’expérience. Atteindre le sommet d’un inselberg au lever du soleil, voir la brume se lever sur des centaines de kilomètres de forêt vierge, n’a rien à voir avec une photo de carte postale. On le mérite.
La logistique : le vrai sujet d’une expédition
En Guyane, la réussite se joue à 80 % sur la préparation. Voici les piliers d’une sortie sérieuse vers les sommets de Guyane.
L’accès et le transport
La quasi-totalité des départs se fait par les fleuves. On rejoint généralement un point de mise à l’eau en voiture (la voiture est indispensable sur tout le territoire), puis on remonte un fleuve ou une crique en pirogue avec un piroguier local. Pour les monts du sud, il faut parfois combiner route, pirogue sur plusieurs heures et marche d’approche. Budgétez la pirogue : une journée de location avec piroguier se négocie souvent entre 300 et 600 € selon la distance et le carburant, partagés à plusieurs.
L’encadrement
Pour les sommets isolés, partir avec un guide professionnel habilité n’est pas une option de confort, c’est une question de sécurité et, souvent, d’autorisation d’accès (certaines zones, comme le cœur de la réserve des Nouragues, sont réglementées). Comptez généralement 120 à 200 € par jour et par personne pour un encadrement, hébergement en hamac et repas inclus, selon le format.
La période
La fenêtre se situe pendant la saison sèche, de mi-juillet à mi-novembre. Les criques sont plus basses, les layons moins boueux et les orages moins fréquents. Tenter ces itinéraires en saison des pluies relève de l’inconscience pour la plupart des reliefs.
L’équipement non négociable
- Hamac avec moustiquaire intégrée + bâche (tarp).
- Chaussures de marche tropicales qui drainent l’eau, plus une paire de rechange sèche.
- Système de traitement de l’eau (filtre + pastilles).
- Coupe-coupe (machette), si vous êtes encadré le guide le porte.
- Trousse de secours sérieuse, anti-venin de protocole connu du guide, sifflet, balise de détresse type PLB ou communicateur satellite.
- Protection anti-insectes efficace et vêtements longs.
Préparer son corps et sa santé
La condition physique compte, mais la gestion de la chaleur prime. Habituez-vous à l’effort prolongé sous forte hygrométrie avant de venir. Côté santé, le vaccin contre la fièvre jaune est obligatoire pour séjourner en Guyane, et un traitement antipaludéen est recommandé pour les zones de l’intérieur : parlez-en à un médecin spécialisé en médecine des voyages bien avant le départ.
Pensez aussi au décalage horaire (-5 h l’hiver, -6 h l’été par rapport à Paris) pour récupérer un ou deux jours avant l’effort. Et hydratez-vous massivement : sur ce terrain, on perd énormément.
