Au large de Cayenne, l’océan Atlantique prend une couleur inhabituelle : un brun-ocre laiteux, chargé des limons que l’Amazone et l’Orénoque déversent en permanence le long du plateau des Guyanes. Beaucoup de visiteurs y voient une mer « sale ». Les pêcheurs, eux, savent que ces eaux troubles et riches en nutriments comptent parmi les plus poissonneuses de la côte sud-américaine. La pêche en mer en Guyane reste pourtant confidentielle, presque secrète, faute de prestataires structurés. Voici ce qu’il faut vraiment savoir avant d’embarquer.
Pourquoi la pêche hauturière reste rare en Guyane
Contrairement aux Antilles, la Guyane n’a jamais développé une véritable filière de pêche sportive touristique. Plusieurs raisons à cela.
D’abord, la géographie. Le plateau continental est immense et peu profond : il faut souvent naviguer 30 à 50 milles nautiques (parfois davantage) avant d’atteindre les fonds intéressants pour le gros. Ce sont de longues traversées, gourmandes en carburant, qui découragent les sorties improvisées.
Ensuite, l’envasement. Les estuaires de la Mahury et du Cayenne s’ensablent et s’envasent, ce qui limite les créneaux de sortie aux marées favorables. Un skipper local consulte les horaires de marée comme d’autres lisent la météo.
Enfin, la réglementation. Les eaux guyanaises sont surveillées (lutte contre la pêche illégale, zones de la base spatiale de Kourou ponctuellement fermées lors des tirs Ariane 6 ou Vega). Tout cela explique pourquoi l’on compte les opérateurs sérieux sur les doigts d’une main.
À quoi ressemble l’offre concrète
Ne cherchez pas un catalogue de « charters » comme en Floride. L’offre guyanaise se résume à :
- Quelques pêcheurs professionnels basés à Rémire-Montjoly, au Larivot (Matoury) ou à Kourou, qui acceptent d’embarquer des particuliers entre deux marées de travail.
- Des associations et clubs de pêche locaux qui organisent des sorties ponctuelles, souvent ouvertes aux visiteurs accompagnés d’un membre.
- De rares structures touristiques proposant des sorties combinées (pêche côtière + escale aux Îles du Salut, par exemple).
Le bouche-à-oreille reste le canal numéro un. Mieux vaut réserver son logement auprès d’un hôte qui connaît ces contacts plutôt que d’espérer trouver un site de réservation en ligne dédié.

Ce que l’on peut espérer ramener
C’est la vraie question. Et la réponse dépend beaucoup de la distance parcourue et de la technique employée.
En pêche côtière (à moins de 15 milles)
Accessible en demi-journée, c’est l’option la plus réaliste pour un premier essai. On y traque :
- L’acoupa rouge (le fameux « machoiran » et la « croupia » font partie du tableau local), poisson emblématique des étals du marché de Cayenne.
- Le tarpon argenté, combattant spectaculaire qui remonte dans les estuaires : des spécimens de 20 à 50 kg ne sont pas rares près des embouchures.
- Le carangue (jack), bagarreur infatigable, idéal au leurre.
- Le requin de petite taille (à relâcher), le barracuda et diverses variétés de poissons-chats marins.
En pêche hauturière (au-delà de 30 milles)
Là, on entre dans le territoire du gros. Il faut une journée complète, souvent un départ avant l’aube. Les prises possibles :
- La daurade coryphène (mahi-mahi), star de la traîne, aux couleurs électriques.
- Le thazard (kingfish) et le thon, rapides et puissants.
- Le voilier de l’Atlantique et, plus rarement, le marlin bleu, graal de tout pêcheur au gros, qui fréquente le tombant du plateau.
- Le wahoo, l’un des poissons les plus rapides de l’océan.
Soyons honnêtes : la Guyane n’est pas une destination « record » pour le marlin comme peut l’être le Sénégal. Mais la pression de pêche y est si faible que les bancs sont peu éduqués et les touches généreuses. C’est la magie d’une mer encore sauvage.
Saison, prix et organisation pratique
Quand venir
La saison sèche, de mi-juillet à mi-novembre, est de loin la meilleure période. La houle se calme, le ciel se dégage, et les sorties sont rarement annulées. Pendant la saison des pluies (décembre à juin), les fenêtres météo se réduisent et l’état de la mer devient capricieux. Pour caler vos dates, notre guide complet de la Guyane détaille le climat mois par mois.
Budget à prévoir
Les tarifs varient fortement selon la formule et le nombre de participants. À titre indicatif et réaliste :
- Sortie côtière demi-journée (4 h) : 90 à 150 € par personne, matériel fourni.
- Sortie hauturière journée complète (8-10 h) : 200 à 350 € par personne, ou 800 à 1 500 € la privatisation du bateau.
- Appâts, carburant, glace : généralement inclus ; vérifiez toujours avant de confirmer.
Pensez à demander si vous repartez avec une partie de la pêche : certains skippers partagent le poisson, d’autres le conservent pour la vente.
Ce qu’il faut emporter
Le soleil de l’équateur ne pardonne pas. Glissez dans votre sac :
- Crème solaire indice 50, casquette et lunettes polarisantes.
- Vêtements légers à manches longues (anti-UV) et coupe-vent.
- De l’eau en quantité et des médicaments contre le mal de mer si vous y êtes sensible.
- Un sac étanche pour le téléphone et l’appareil photo.
Rappel administratif : la Guyane est un DROM français, on y paie en euros, l’indicatif est le +594 et le vaccin contre la fièvre jaune est obligatoire pour entrer sur le territoire. L’aéroport Félix-Éboué (Matoury) est votre porte d’entrée, et une voiture de location est indispensable pour rejoindre les pontons de Rémire-Montjoly, du Larivot ou de Kourou.
