Observer les tortues en Guadeloupe ne relève pas du coup de chance : sur certains herbiers de la Côte-sous-le-Vent, les tortues vertes broutent à quelques mètres du rivage presque tous les jours de l’année. En des années de sorties à Malendure, je compte sur les doigts d’une main celles où je n’en ai pas croisé une seule. Mais ce privilège vient avec des responsabilités : les tortues marines sont des espèces strictement protégées en France, et quelques gestes maladroits suffisent à les faire fuir d’un site, parfois durablement. Voici où les voir, quand, à quel prix, et surtout comment le faire correctement.
Pourquoi la Guadeloupe est un sanctuaire pour les tortues marines
L’archipel guadeloupéen accueille cinq espèces de tortues marines, dont trois fréquentent régulièrement les côtes :
- La tortue verte (Chelonia mydas) : la plus facile à observer. Herbivore, elle broute les herbiers de phanérogames marines accessibles en palmes-masque-tuba.
- La tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) : reconnaissable à son bec crochu, elle se nourrit d’éponges sur les zones coralliennes.
- La tortue luth (Dermochelys coriacea) : la géante (jusqu’à 400 kg), qui ne vient à terre que pour pondre, principalement sur les plages de Grande-Terre et de Marie-Galante.
Toutes sont protégées par l’arrêté ministériel du 14 octobre 2005 : il est interdit de les toucher, de les poursuivre, de les nourrir ou de perturber leur ponte. Les infractions sont passibles de sanctions pouvant atteindre 150 000 € d’amende et trois ans d’emprisonnement. Ce cadre strict explique pourquoi les populations se reconstituent depuis trente ans — et pourquoi vos chances d’observation sont aujourd’hui excellentes.

Malendure : le meilleur site pour observer les tortues en Guadeloupe
La plage de Malendure, à Bouillante sur la côte ouest de Basse-Terre, face aux îlets Pigeon et à la Réserve Cousteau, est le spot numéro un de l’archipel. La raison est simple : un vaste herbier s’étend à 20-50 mètres du sable noir, par 2 à 5 mètres de fond, et les tortues vertes y broutent matin et après-midi.
Comment s’organiser sur place
- Depuis la plage, en autonomie : mettez palmes, masque et tuba directement depuis la partie sud de la plage et nagez doucement au-dessus de l’herbier. Comptez 15 à 30 minutes avant la première rencontre, souvent moins.
- Meilleur créneau : entre 8h et 10h, quand la mer est d’huile et la plage encore calme. L’eau oscille entre 27 et 29 °C toute l’année.
- Location de matériel : environ 10 à 15 € la journée pour un kit palmes-masque-tuba auprès des clubs du front de mer.
- Kayak à fond transparent : environ 25 à 30 € les deux heures, idéal avec des enfants qui ne nagent pas encore longtemps.
- Sortie snorkeling encadrée vers les îlets Pigeon : 25 à 40 € par personne, avec un guide qui connaît les zones de broutage et fait respecter les distances.
Pour les plongeurs, un baptême dans la Réserve Cousteau coûte entre 60 et 75 € ; les tortues imbriquées y croisent régulièrement entre les patates de corail.
La ponte des tortues à Malendure et sur la Côte-sous-le-Vent
On l’ignore souvent : la ponte de tortue à Malendure et sur les plages voisines de Bouillante existe bel et bien, surtout pour les tortues imbriquées entre juin et septembre. Si vous logez à proximité, vous verrez parfois au petit matin des traces de “tracteur” dans le sable — la signature d’une femelle montée pondre dans la nuit. Ne creusez jamais, ne plantez pas de parasol au-dessus d’un nid présumé, et signalez toute observation au Réseau Tortues Marines Guadeloupe.
Comptez environ 45 minutes de route (35 km) depuis Pointe-à-Pitre pour rejoindre Malendure. Notre guide complet de la Guadeloupe détaille les itinéraires depuis chaque commune.
Plage des Raisins Clairs : les tortues côté Grande-Terre
Si vous séjournez entre Sainte-Anne et Saint-François, inutile de traverser le papillon : la plage des Raisins Clairs, à tortues vertes elle aussi, est l’alternative idéale côté Grande-Terre. À Saint-François, à environ 35 minutes de l’aéroport Pôle Caraïbes, cette plage de sable blanc abrite un herbier en pente douce où plusieurs tortues vertes résidentes se nourrissent.
Quelques repères pour mettre toutes les chances de votre côté :
- Zone à viser : la partie gauche de la plage (face à la mer), au-dessus des taches sombres d’herbier, par 1,5 à 3 mètres de fond.
- Moment idéal : tôt le matin en semaine ; le week-end, la fréquentation familiale rend les tortues plus furtives.
- Conditions : mer généralement calme car protégée par le récif, parfait pour un premier snorkeling avec des enfants à partir de 6-7 ans.
- Bonus : l’eau y est turquoise et la visibilité souvent supérieure à 10 mètres en saison sèche (décembre à avril).
D’autres sites valent le détour si vous rayonnez dans l’archipel : la réserve naturelle de Petite-Terre (sortie catamaran à la journée, 90 à 120 € depuis Saint-François, tortues quasi garanties), l’anse du Pain de Sucre aux Saintes, et la plage de Grande Anse à Deshaies, haut lieu de ponte des tortues luths.
