À une douzaine de kilomètres au large de Kourou, trois petites îles posées sur l’Atlantique racontent l’une des pages les plus sombres et les plus fascinantes de la Guyane. Ici, à Hostel Toucan, nous envoyons nos voyageurs aux Îles du Salut presque chaque semaine, et nous avons fini par connaître par cœur les petits détails qui font la différence entre une sortie réussie et une journée gâchée. C’est aussi l’excursion la plus demandée de Guyane, et celle qu’on rate le plus souvent faute d’avoir réservé à temps. Voici notre mode d’emploi complet, testé et re-testé sur le terrain : comment s’y rendre, quel bateau choisir, que voir sur place et comment réserver sereinement.
Prix de la navette des Îles du Salut : le récapitulatif
| Formule au départ de Kourou | Tarif aller-retour |
|---|---|
| Catamaran à voile, adulte | 49 à 59 € |
| Catamaran à voile, enfant | 35 à 42 € |
| Navette rapide, adulte | 45 à 55 € |
| Trajet sec (une seule traversée) | environ 30 € |
| Bateau privatisé, 6 à 10 personnes | 450 à 600 € la journée |
Aucun droit d’entrée n’est exigé sur l’île. Comptez 120 à 180 € pour deux sur une journée complète, 280 à 380 € avec une nuitée. Tarifs relevés en août 2026 : les compagnies les ajustent, confirmez au moment de réserver.

Pourquoi les Îles du Salut valent vraiment le détour
L’archipel des Îles du Salut se compose de trois îlots : l’Île Royale (la plus grande, où débarque la navette), l’Île Saint-Joseph (la plus sauvage, avec son ancienne réclusion) et l’Île du Diable (interdite au débarquement, célèbre pour avoir détenu le capitaine Alfred Dreyfus). Entre 1852 et 1953, ce fut l’un des bagnes les plus redoutés de France. C’est aujourd’hui l’ancien bagne le mieux conservé de Guyane, mais l’ambiance a totalement changé : vestiges envahis par la végétation, cocotiers, manguiers et palmiers royaux, eaux turquoise et une faune incroyablement présente.
C’est une excursion aux Îles du Salut que nous recommandons quasi systématiquement à nos voyageurs, car elle combine trois choses rares : un patrimoine historique fort, des sentiers accessibles à tous, et une vraie immersion nature, le tout à moins d’une heure de bateau de Kourou.
Un lieu de mémoire avant d’être une carte postale
L’archipel doit son nom aux missionnaires qui s’y réfugièrent au XVIIIᵉ siècle pour échapper aux fièvres du continent. Le bagne, lui, y est officiellement créé en 1852 : des dizaines de milliers de condamnés y seront déportés depuis la métropole. Les îles servaient surtout de lieu d’isolement et de quarantaine, mais aussi de prison pour les détenus jugés dangereux ou politiques. Alfred Dreyfus y fut détenu seul, sur l’Île du Diable, entre 1895 et 1899, et c’est cet univers pénitentiaire qui a inspiré le célèbre Papillon d’Henri Charrière.
Sur place, cette mémoire est partout : le mess des surveillants, la maison du gardien-chef, le cimetière des enfants et des familles de gardiens sur l’Île Royale, les cellules de réclusion sur Saint-Joseph. Prenez le temps de lire les panneaux — c’est un lieu de mémoire, pas un parc d’attractions, et arriver en ayant lu un résumé de l’histoire du bagne décuple l’intérêt de la journée. Pour approfondir, notre article sur le bagne de Cayenne et l’Île du Diable raconte l’autre versant de ce système.
Comment s’y rendre : le départ depuis Kourou
Tous les départs grand public se font depuis Kourou, à environ 60 km de Cayenne (comptez 50 minutes à 1h de route ; la voiture est indispensable en Guyane). Depuis l’aéroport Félix-Éboué (Matoury), prévoyez 1h15. Si vous logez côté Cayenne, les appartements en bois tropical de la résidence Cayenne Chic, dans la Zac Hibiscus placent le ponton à un peu plus d’une heure de route. Le ponton se trouve à la Pointe des Roches, et il n’est praticable qu’à marée suffisante : les horaires de départ bougent donc chaque jour, parfois 7h00, parfois 8h30. Seule la compagnie connaît l’horaire exact de votre date.
Ici, pas de navette publique qui part toutes les heures : une poignée de compagnies seulement assurent la traversée. Les bateaux sont régulièrement complets plusieurs jours à l’avance en saison sèche ou les week-ends de lancement Ariane. Et hors vacances scolaires, il n’y a pas un départ chaque jour : selon les opérateurs, les rotations sont surtout calées sur le week-end et la pleine saison, donc en semaine creuse, vérifiez d’abord qu’un bateau est bien programmé à votre date.
Astuce de local : arrivez au ponton 30 minutes avant le départ. Le parking se remplit, et l’embarquement se fait dans l’ordre d’arrivée. Un café avalé en vitesse parce qu’on est en retard, ça démarre mal une belle journée.
Catamaran ou navette rapide : notre comparatif
Deux familles de bateaux se partagent la traversée. Le choix dépend de votre profil et de vos priorités.
Le catamaran à voile : la traversée plaisir
C’est l’option que nous recommandons à la majorité de nos voyageurs, surtout pour une première fois.
- Durée : 1h15 à 1h30 de traversée, voiles dehors si l’alizé coopère.
- Tarif : 49 à 59 € l’aller-retour adulte, environ 35 à 42 € pour les enfants, souvent café et jus offerts à bord.
- Horaires types : départ entre 7h30 et 8h30 selon la marée, retour de l’île vers 16h00-17h00. Vous disposez de 5 à 6 heures sur place.
- Confort : filets de proue pour s’allonger, ombre, stabilité correcte, parfois des dauphins en escorte.
Points faibles : la durée (presque 3 heures de mer sur la journée) et des places qui partent vite, car les catamarans embarquent 30 à 60 passagers maximum.
La navette rapide : efficace et un peu sportive
Les vedettes et semi-rigides rapides relient l’Île Royale en 40 à 50 minutes.
- Tarif : 45 à 55 € l’aller-retour, soit quasiment le prix du catamaran.
- Avantage : plus de temps sur l’île à journée égale, et davantage de souplesse si vous dormez sur place (certaines compagnies acceptent un retour à J+1 ou J+2 sans supplément, à confirmer à la réservation).
- Inconvénient : ça tape. L’embouchure du Kourou et le large peuvent être agités, surtout de décembre à février. Dos fragiles, femmes enceintes et très jeunes enfants, préférez le catamaran. Prévoyez un sac étanche : les embruns ne pardonnent pas aux téléphones. Si vous êtes sensible au mal de mer, prenez un comprimé adapté avant d’embarquer et installez-vous au centre du bateau, là où ça bouge le moins.
Notre verdict d’habitués
- Journée découverte en famille : catamaran, sans hésiter.
- Photographes et marcheurs qui veulent maximiser le temps à terre : navette rapide au premier départ.
- Nuit sur l’île : navette rapide à l’aller, catamaran au retour si possible ; certaines compagnies vendent le trajet sec autour de 30 €.
Dernière option, le bateau privatisé (450-600 € la journée pour 6 à 10 personnes) : pertinent en groupe constitué ou pour un horaire sur mesure, par exemple un lancement observé depuis la mer.
Que voir et que faire sur place
Île Royale : le cœur de la visite
C’est là que vous débarquez. Un sentier principal en boucle, long d’environ 2 km, fait le tour de l’île en 1h30 à 2h de marche tranquille. Au programme :
- L’église du bagne, étonnamment bien conservée, avec ses peintures réalisées par un bagnard.
- Le phare, les anciens quartiers de surveillants et l’hôpital.
- Le bassin des Bagnards, une piscine naturelle creusée dans la roche, aujourd’hui occupée par des poissons.
- Des points de vue magnifiques sur l’Île du Diable, qu’on observe de loin (le débarquement y est interdit pour raisons de sécurité, les courants étant violents). Depuis la côte nord de l’Île Royale, à 200 mètres à peine, subsiste la case attribuée à Dreyfus. Certains bateaux s’en approchent pour laisser la photographier, sans jamais accoster ; de l’ancienne ligne de va-et-vient qui reliait les deux îles, un chariot tracté par câble, il ne reste qu’un vestige.
Île Saint-Joseph : la plus émouvante
Accessible à pied à marée basse depuis certains points, ou en petite annexe selon les opérateurs, Saint-Joseph abrite les vestiges de la réclusion cellulaire, surnommée « le dévoreur d’hommes », où étaient enfermés les bagnards punis. Les cellules à ciel ouvert, envahies par les racines des figuiers étrangleurs, dégagent une atmosphère saisissante. C’est, de l’avis de beaucoup de nos voyageurs, le moment le plus fort de la journée. Entre deux ruines, la cocoteraie et la petite plage en font aussi l’île la plus paisible de l’archipel.
Attention : l’annexe ne traverse le chenal vers Saint-Joseph que si la mer le permet. Si la réclusion et sa nature engloutie sont votre priorité, demandez explicitement à la compagnie si la rotation Saint-Joseph est prévue le jour de votre sortie.
La faune : ouvrez l’œil
Les Îles du Salut sont un petit paradis animalier. On y croise facilement :
- des agoutis et des pacas qui détalent dans les sous-bois,
- des singes saïmiris (singes-écureuils) souvent curieux,
- des aras et de nombreux oiseaux marins,
- des iguanes et quantité de crabes le long du littoral,
- des tortues marines parfois visibles depuis le bateau ou les criques,
- et, dans l’eau, quantité de poissons multicolores.
Petit rappel : ne nourrissez jamais les animaux. Un agouti habitué à la main de l’homme finit par fouiller les sacs et devient agressif. Rangez soigneusement votre pique-nique : les saïmiris sont d’habiles voleurs.
La baignade : prudence
L’eau est tentante, mais attention. La baignade en pleine mer est dangereuse à cause des courants et de la présence occasionnelle de requins. On se baigne uniquement dans le bassin des Bagnards sur l’Île Royale, le seul endroit sécurisé. C’est suffisant pour se rafraîchir après la marche.
Quand partir : marées, météo et saison
La traversée des Îles du Salut se joue autant sur le calendrier que sur le choix du bateau.
- Saison sèche (juillet à fin novembre) : mer la plus calme, ciel dégagé, eau plus claire autour de l’anse Legoff. C’est la meilleure fenêtre, et donc la plus demandée : sentiers secs et ciel bleu garantis.
- Grande saison des pluies (avril-juin) : traversées maintenues mais plus humides ; les grains passent vite, l’île reste magnifique sous la brume.
- Décembre-février : houle plus marquée, c’est là que la navette rapide secoue le plus.
- Marées : à marée basse, le ponton de Kourou découvre, d’où des départs avancés ou retardés. Les compagnies publient leurs horaires au mois ; reconfirmez toujours la veille par téléphone (indicatif +594) ou WhatsApp.
En saison des pluies, les traversées peuvent parfois être annulées pour cause de houle, et les chemins deviennent boueux. Si votre séjour tombe en saison humide, gardez un jour de marge dans votre planning au cas où la sortie serait reportée.
