En Guyane, le mot “crique” ne désigne pas une petite plage abritée comme en métropole. Ici, une crique, c’est une rivière d’eau douce qui serpente sous la canopée, souvent couleur thé infusé à cause des tanins, avec des bassins naturels où l’on plonge pour échapper à la moiteur tropicale. Pour les habitants de Cayenne, Matoury ou Kourou, la crique du week-end est un véritable rituel : on charge la glacière, on récupère la famille et les amis, et on file passer la journée les pieds dans l’eau. Voici notre guide de résident pour comprendre ce rituel, choisir les meilleures criques accessibles et surtout se baigner sans mauvaise surprise.
Qu’est-ce qu’une crique en Guyane ?
Le terme vient du créole guyanais et désigne tout cours d’eau douce, du petit ruisseau à la rivière large de plusieurs mètres. L’eau y est généralement fraîche, parfois sombre (on parle d’eau “noire” chargée en matière organique), parfois claire et vive selon le débit et la nature du sol. Contrairement à l’océan littoral, souvent boueux et chargé en alluvions de l’Amazone et donc peu propice à la baignade, les criques offrent une eau propre et rafraîchissante.
Pourquoi les Guyanais adorent la crique du week-end
Le climat équatorial pèse vite : chaleur constante autour de 28-32 °C et humidité élevée toute l’année. La crique, c’est la climatisation naturelle. Le samedi ou le dimanche, des familles entières s’installent dès le matin sur les berges, allument un barbecue, accrochent un hamac entre deux arbres et passent la journée à alterner baignade, sieste et grignotage. C’est gratuit, convivial et profondément ancré dans la culture locale. Si vous séjournez en Guyane, vous faire inviter à une crique, ou simplement en découvrir une, fait partie des expériences les plus authentiques du territoire.

Nos meilleures criques accessibles près de Cayenne
Toutes les criques ne se valent pas en termes d’accès. Certaines exigent plusieurs heures de marche ou une pirogue ; d’autres sont à moins d’une heure de voiture des principales communes. Voici une sélection réaliste pour un premier week-end, en gardant à l’esprit qu’une voiture est indispensable en Guyane.
Crique Gabrielle (Roura)
À une quarantaine de minutes de Cayenne par la route de l’Est, la crique Gabrielle est un classique familial. Bassins peu profonds par endroits, eau fraîche, berges ombragées : idéale avec des enfants. Comptez environ 35 km depuis le centre de Cayenne. Arrivez tôt le week-end, le parking se remplit vite.
Les abattis et criques de la route de Cacao (Roura)
En direction de Cacao, le village hmong réputé pour son marché du dimanche et sa soupe phô, plusieurs criques ponctuent la route. C’est l’occasion de combiner baignade et découverte culturelle. Prévoyez la journée : 1h15 à 1h30 de route depuis Cayenne, soit environ 75 km.
Crique Patate et secteur de Kourou
Côté Kourou (à environ 60 km et 1h de Cayenne), plusieurs points d’eau douce sont prisés. Pratique si vous combinez avec la visite gratuite du Centre Spatial Guyanais ou un tir d’Ariane 6. Renseignez-vous localement sur l’état d’accès, certains sentiers étant variables selon la saison.
Saut et criques vers Saint-Laurent-du-Maroni
Plus loin à l’ouest (250 km, environ 3h de route de Cayenne), la région de Saint-Laurent-du-Maroni offre des sauts (rapides) et des criques magnifiques, souvent associés à une excursion en pirogue sur le fleuve Maroni. À réserver pour un week-end prolongé.
Les règles de sécurité indispensables
Se baigner en crique est généralement sûr, à condition de respecter quelques règles que tout résident connaît. La nature amazonienne ne pardonne pas l’imprudence.
Le courant et les sauts
C’est le risque numéro un, loin devant la faune. Après de fortes pluies, le débit d’une crique peut tripler en quelques heures et transformer un bassin paisible en piège. Les “sauts”, ces zones de rapides et de cascades, sont particulièrement traîtres : les rochers sont glissants et les contre-courants puissants.
- Ne vous baignez jamais seul, surtout dans une crique inconnue.
- Évitez la baignade pendant ou juste après un gros orage.
- Repérez la profondeur et la force du courant avant d’entrer dans l’eau.
- Surveillez les enfants en permanence, même dans les zones calmes.
- Ne sautez jamais d’un rocher sans avoir vérifié la profondeur et l’absence d’obstacles immergés.
Les anguilles électriques et la faune
L’anguille électrique (en réalité un poisson, l’anguille de Cayenne ou gymnote) est présente dans certaines criques. Elle peut délivrer une décharge impressionnante mais elle est discrète et fuit l’agitation. Le bon réflexe : ne pas fouiller sous les rochers ni dans la vase à mains nues, et éviter les eaux très stagnantes et troubles où elle se cache. Les raies d’eau douce existent aussi : traînez les pieds en marchant sur le fond plutôt que de poser le pied franchement, elles s’écartent ainsi d’elles-mêmes. Quant aux caïmans et anacondas, ils restent rares dans les criques fréquentées et fuient l’homme ; le bruit d’un groupe les tient à distance.
La règle d’or : se renseigner localement
Aucune carte ne remplace l’avis d’un habitant. L’état d’une crique change avec la saison et les pluies. La meilleure période pour profiter des criques est la saison sèche, de mi-juillet à mi-novembre : l’eau est plus claire, les berges accessibles et le courant maîtrisable. En saison des pluies, certaines criques deviennent dangereuses ou impraticables. Notre équipe Hostel Toucan connaît les spots du moment et vous oriente volontiers vers les criques sûres selon la météo de votre séjour.
